Mon supermarché autogéré #06 : à Marseille, l’épicerie participative Mini Cafoutch résiste bien à la crise

Dernier épisode de cette série consacrée au projet d’ouverture du premier supermarché coopératif de Marseille, le « Super Cafoutch », une note d’espoir dans un contexte morose.

Détail de l'affiche du documentaire "Bienvenue chez Super Cafoutch", de Nicolas Bole.
Détail de l’affiche du documentaire « Bienvenue chez Super Cafoutch », de Nicolas Bole.

Lettrine, l apostropheété 2020 avait été chaud au Mini Cafoutch, l’épicerie pilote qui doit donner naissance au Super Cafoutch, avec des tensions dans le collectif et des angoisses immobilières (voir l’épisode précédent), mais six mois plus tard, le projet de supermarché coopératif accumule les bonnes nouvelles.

Bien que les temps soient aussi durs qu’incertains pour les commerçants désormais soumis à un couvre-feu à 18h, la petite épicerie autogérée à cinq minutes du Vieux Port a réalisé en décembre son meilleur chiffre d’affaires en quatre ans. Depuis début janvier, elle bénéficie de nouvelles forces vives en la personne d’Émeline qui y effectue un stage immersif de Pôle Emploi. Sa mission : « faire tourner » le Mini Cafoutch, chercher de nouveaux fournisseurs, autonomiser le travail… Et le projet compte désormais 558 coopérateurs.

DES SITES À L’ÉTUDE

Autre bonne nouvelle : les horizons immobiliers du futur supermarché autogéré s’éclaircissent. Non pas du côté du boulevard Rabatau, où le projet de reprise de la boutique de l’Eau Vive est finalement tombé à l’eau, mais dans un autre quartier proche du centre-ville, où un commerce alimentaire bio est à la recherche d’un repreneur.

Enthousiastes, les actuels propriétaires, avec qui des discussions sont en cours, seraient prêts à faire de la publicité au Super Cafoutch auprès de son actuelle clientèle. Une visibilité bienvenue pour atteindre l’objectif de 3 000 coopérateurs d’ici trois ans. Une solution pourrait même être trouvée pour transférer le Mini Cafoutch quasiment sans interrompre son activité. Mais rien n’étant encore décidé, les coopérateurs étudient aussi d’autres sites.

UN MODÈLE EN PROGRESSION

Alors qu’une pandémie mondiale a fait craindre le pire pour l’approvisionnement en denrées alimentaires, de plus en plus de citoyens s’interrogent sur leur alimentation et leurs modes de consommation. Loin des arcanes de la grande distribution, le Super Cafoutch et une trentaine d’autres supermarchés coopératifs en France montrent qu’il est possible de faire autrement, et de réussir à proposer à des prix raisonnables des produits de bonne qualité, éthiques, bio et locaux autant que faire se peut. Premier supermarché coopératif en France, la Louve, créée en 2016 à Paris, est devenue rentable dès 2018 et emploie aujourd’hui une dizaine de salariés.

Pour démarrer, les projets de supermarchés coopératifs ont souvent besoin de subventions et leur objectif n’est pas de renverser la grande distribution. Selon l’Observatoire société et consommation, seul 1 % des Français les fréquentent (et 14 % connaissent le concept). Mais en pleine crise économique, cette niche progresse. Son modèle reposant sur une marge fixe (autour de 20 %), rendue possible par le travail « gratuit » des coopérateurs, indique la voie vers une solution pour une alimentation saine y compris pour les petits budgets.

IL Y A 150 ANS, DÉJÀ…

C’est d’ailleurs ce principe de solidarité qui a prévalu à la naissance de la première success story de l’histoire des coopératives alimentaires, il y a plus de cent cinquante ans, en Angleterre. À l’époque, Charles Gide, théoricien de l’économie sociale et figure du mouvement coopératif, écrivait que les coopératives de consommation étaient « filles de la misère et de la nécessité ». En 1844, dans la banlieue de Manchester, la suspicion à l’égard des commerçants et l’explosion des inégalités avec la révolution industrielle avaient conduit 28 tisserands à monter une coopérative alimentaire, les « Équitables Pionniers de Rochdale ». Un véritable engouement coopératif s’était emparé de la population : magasins, logement, assurance, écoles, prévoyance mutuelle… En 1890, les « équitables pionniers » comptaient 10 000 membres.

Quand les temps sont durs et les alternatives absentes, l’humain invente ses solutions et table sur la force du groupe. Elles sont peut-être locales et pas toujours évidentes à dupliquer, mais jusqu’ici, elles montrent qu’on peut naviguer à contre-courant de la grande distribution.

• Voir tous les épisodes de notre série sur la gestation du Super Cafoutch.
• Voir le trailer du documentaire réalisé par Nicolas Bole pour Seppia et diffusé sur France 3 PACA.


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À propos de l’auteur

Journaliste, je m’intéresse aux histoires d’humains qui essaient de faire les choses autrement.

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