Épisode #05 : De la difficulté de prendre une décision, ou les joies de l’autogestion

L’été aura été chaud à l’épicerie marseillaise Mini Cafoutch, qui fonctionne en autogestion. La recherche d’un espace pour le futur Super Cafoutch a fait naître des dissensions entre les coopérateurs. Un grand classique.

autogestion
Ça discute, ça discute… Photo: ©Supercatouch.

lettrine, quatre ans qu’ils en rêvent : ouvrir dans le centre de Marseille un supermarché participatif où faire ses courses de produits « bio et/ou locaux et/ou équitables » à prix abordables. Les membres de l’épicerie Mini Cafoutch, qui fonctionne sur le mode de l’autogestion [voir les précédents épisodes], commencent à avoir hâte que cela se fasse, mais la tâche n’est pas aisée : sur le plan immobilier, ils n’ont jamais reçu l’aide de la mairie de Marseille et sont allés de déconvenue en déconvenue.

ÉMOTION DANS L’ASSEMBLÉE

L’ancien Franprix de la rue Colbert, à deux pas du Mini Cafoutch, avait tout pour plaire (localisation idéale, équipements déjà sur place) malgré d’importants travaux à réaliser en raison de l’effondrement d’une dalle et de fuites d’eau. Mais le coût des réparations et l’indécision des propriétaires ont mis fin au projet. Même mésaventure avec un ancien commissariat situé rue Nationale : le réaménagement demandait un investissement trop lourd. D’autres lieux ont été visités : pas adaptés, trop chers, trop loin des transports en commun…

Et puis, lors d’une réunion au début de l’été, surprise ! Élodie, référente du projet Super Cafoutch, présente une autre option : l’ancien supermarché de l’Eau Vive, boulevard Rabatau, dans le 8e arrondissement. Une surface idéale, un parking, la possibilité de réaménager les lieux sans trop de travaux, des frigos, des rayonnages, tout l’équipement pour le vrac et même un jardin. Seule ombre au tableau : pour ceux qui ne maîtrisent pas la géographie phocéenne, le boulevard Rabatau est loin au sud du centre-ville. Émotion dans l’assemblée. Abandonnerait-on l’idée d’une localisation centrale ? »

LA DANSE DES SEPT VOILES

Le problème, argumente Élodie, c’est qu’en centre-ville on se retrouve souvent face à beaucoup de travaux, des propriétaires qui ne baissent pas leur prix exorbitant même si leurs locaux sont vides : on a visité un lieu idéal rue Paradis mais le fonds de commerce s’élève à 1,5 million d’euros ». Certes, elle n’a pas tort, néanmoins certains coopérateurs préféreraient continuer à développer le projet de l’ancien commissariat ! Il y a de l’électricité dans l’air durant cette réunion, entre les tenants du « lentement mais sûrement » et ceux du « on y va parce que sinon on ne le fera jamais ».

D’autant que les premiers ont l’impression qu’on leur met le couteau sous la gorge : le fonds de commerce du supermarché de l’Eau Vive, en liquidation judiciaire, doit être vendu aux enchères à la rentrée. Ce qui laisse très peu de temps pour peaufiner un business plan, faire la danse des sept voiles auprès des banques, demander des financements à la Région et au Département, mobiliser les investisseurs privés et apprendre les arcanes de ce type d’enchères. Car aucun des coopérateurs n’est un professionnel de l’immobilier (Élodie est guide-conférencière).

LE PARI DE L’AUTOGESTION

Il se fait tard, les participants décident d’attendre l’assemblée générale qui doit être organisée fin septembre pour prendre collectivement une décision sur le rachat de ce fonds de commerce. Mais entre temps, les coopérateurs recevront durant l’été un mail d’Élodie et Martin (référent de la branche « informatique ») annonçant leur départ du projet Super Cafoutch. Parmi les coopérateurs, c’est l’émoi.

Tous ceux qui ont déjà participé à des projets collectifs, et a fortiori coopératifs, le savent. Un changement d’échelle, comme passer d’une épicerie à un supermarché autogéré, induit un mode d’autogestion adapté. Sinon les crises rôdent. Ce qui peut s’avérer, parfois, une excellente chose. Même si ça boulègue [ça secoue, N.D.R.], la crise de gouvernance que traverse le Super Cafoutch a produit au cours de l’été de longs échanges de réflexions, de documents, d’interrogations et d’espoirs. Gageons que l’AG prévue cet automne se déroulera dans un climat plus serein, et qu’une décision pourra être prise ?


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À propos de l’auteur

SOPHIE CREUSILLET

Journaliste économique ayant fait un détour par le travail social, je m’intéresse aux aventures humaines. J’aime le bruit des pas dans la neige, les éléphants et le bortsch (passionnément).

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