Alexandre de Humboldt, le scientifique éclairé qui dès 1800 prédisait le dérèglement climatique

Ami de Goethe et inspirateur de Darwin, l’explorateur Alexandre de Humboldt est le père de la climatologie. Il a mis au point les premiers relevés météorologiques. Portrait.

Alexandre de Humboldt
Alexandre de Humboldt, huile sur toile, par F. Weitsch, 1800.

Identité
Alexandre de Humboldt
Né et mort à Berlin (Allemagne), 1769-1859.
Profession : explorateur scientifique.
Signe particulier : doté d’une très bonne constitution, il n’est jamais tombé malade, même en traversant la Sibérie tout seul à l’âge de 58 ans.

Principal fait d’arme
Frappé par la monoculture et la déforestation qui ravagent l’Amérique du Sud en 1800, il fait la relation avec l’assèchement des lacs et émet l’hypothèse que l’action humaine peut induire des changements climatiques néfastes.

Démarche
Issu de l’aristocratie prussienne, le baron Alexandre de Humboldt est élevé dans l’esprit des Lumières. Passionné par l’Histoire naturelle, il quitte la fonction publique et dépense un tiers de sa fortune pour effectuer une grande expédition scientifique en Amérique (1799-1804), au cours de laquelle il parcourt quinze-mille kilomètres en compagnie de son inséparable acolyte Aimé Bonpland. Son objectif : « Découvrir l’interaction des forces de la nature et les influences qu’exerce l’environnement géographique sur la vie végétale et animale. »

De cette expédition et de ses nombreux échanges avec les tribus indiennes, il revient avec la conviction que la Nature est un seul organisme vivant. Il rapporte un herbier contenant 60 000 échantillons de plantes (qu’il donnera au Museum d’Histoire naturelle de Paris), ainsi qu’une profusion de données, de croquis et de notes dans un très grand nombre de domaines : botanique, zoologie, géographie, géologie, minéralogie, astronomie, météorologie… Ses travaux et sa méthodologie inspireront largement Charles Darwin, de quarante ans son cadet.

La démarche scientifique d’Alexandre de Humboldt s’accompagne d’un véritable engagement humaniste. Farouchement opposé à l’impérialisme et à l’esclavage, il sympathise avec le révolutionnaire vénézuélien Simon Bolivar et le rejoint sur la nécessité de rendre leur indépendance aux nations d’Amérique du Sud. A la fin de sa vie il se sert de sa position de chambellan auprès de Frédéric-Guillaume IV de Prusse pour plaider en faveur de l’émancipation des juifs et de l’abolition du servage dans le royaume.

Citation
« Mais par quoi, dans la vallée du Mexique, sont absorbées les vapeurs qui s’élèvent des cinq lacs qui entourent la capitale ? On ne peut expliquer cette absorption par l’immense quantité de muriate et de carbonate de soude dont le sol est couvert. Tout l’intérieur du royaume… est d’une sécheresse étonnante. La végétation y est très rare à deux mille mètres d’élévation, et l’air y paraît, pour ainsi dire, artificiellement séché. Cette sécheresse, sans doute aussi nuisible à la santé qu’à la végétation, va en augmentant de siècle en siècle, parce que l’industrie de l’homme fait découler les lacs et que l’abondance des pluies diminue. » (Essai sur la géographie des plantes, 1805)

Bio express
1779 : mort de son père, officier de l’armée prussienne proche de la famille royale et de la franc-maçonnerie. Alexandre de Humboldt a 9 ans, il sera élevé par sa mère, une huguenote du Languedoc, qui continue de veiller à son éducation éclairée.

1790 : au cours d’un voyage en Europe avec le naturaliste Forster, il séjourne à Paris en pleine Révolution française et adhère à la philosophie des Droits de l’Homme. Amoureux de la France, il y vivra une partie de sa vie.

1845 : il publie son ouvrage majeur : Cosmos, essai d’une description physique du monde.

Réseau
Alexandre de Humbolt échange avec les grands esprits de son temps : Goethe (poète), Thomas Jefferson (3e président des États-Unis), Charles Darwin (naturaliste), Arago (astronome), Gay Lussac (physicien), Cuvier (naturaliste), Lamarck et les frères Jussieu (botanistes), Chaptal (chimiste), Laplace (mathématicien), Chateaubriand et Madame de Staël (écrivains), Madame de Récamier (intellectuelle)…


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À propos de l’auteur

CATHERINE SIMONET

Pianiste et compositrice, directrice de la publication du journal.

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