Épisode 2 : À quoi sert vraiment ma montre?

Le minimaliste Pierre Roubin a décidé de vivre avec 43 objets. Pas évident quand on est père de famille et un tantinet dandy. Dans ce 2e épisode, il poursuit sa sélection d’items indispensables.

La montre offerte par sa femme a pierre roubin, 43 objets
Crédit photo: Pierre Roubin.
Vous avez manqué le 1er épisode ? → À 43 ans je fais le pari de vivre avec 43 objets

La lettre Venons-en à la phase délicate des sous-vêtements. Il va me falloir trois caleçons. Trois, c’est bien, cela laisse le temps de faire une lessive. Un jour, un caleçon ; pendant ce temps une lessive sèche, le lendemain elle finit de sécher tout à fait. Avec trois je pense que je suis large. J’oserais même dire assez confort.

Côté articles de toilettes je pense qu’on va faire aussi assez minimaliste, l’indispensable étant à mon avis la brosse à dents. Le dentifrice me paraît complètement superflu, surtout depuis qu’on entend qu’il ne servirait à peu près à rien. Je connaissais un vieux monsieur d’origine asiatique qui se lavait les dents au savon de Marseille. Ça avait l’air dégueulasse, mais après tout, il avait les dents blanches, ce qui semble être l’essentiel.

Une montre. Une seule montre, c’est assez difficile à choisir. Celle que ma femme m’a offerte, je l’aime bien. Ce que j’aime en elle surtout, c’est que c’est ma femme qui me l’a offerte. C’est vraiment ça qui compte en fait.

PLAISIR DES YEUX

Je suis assez souvent en retard. Dans n’importe quelle situation, j’arrive toujours au dernier moment. Je ne regarde jamais ma montre, ou plutôt, je la regarde mais pas vraiment pour y lire l’heure. Simplement pour me dire qu’elle est belle, qu’elle fait assez viril, m’habille bien, me renvoie une bonne image de moi-même, ce qui me semble être, au vrai, la principale fonction d’une montre.

La vérité c’est qu’on peut trouver l’heure à peu près à chaque seconde et qu’on n’a pas vraiment besoin de l’avoir au poignet. On a des téléphones qui nous rappellent le prochain rendez-vous, suffisamment à l’avance, et sans qu’on l’ait demandé.

C’est souvent de cette manière que ma journée est rythmée. Si bien que sans l’avoir demandée j’ai l’heure très souvent. Ce qui est dur finalement avec cette histoire de montre, c’est de devoir laisser dans mon placard celle que mon grand père m’avait offerte pour mes vingt ans. Elle est toute plate, en or, d’un aspect un peu désuet, comme l’était mon grand-père, un espèce de bonhomme d’un autre âge, trop petit dans un vêtement qui serait devenu trop grand, trop vieux dans un monde qui serait devenu trop neuf… mais avec une place dans mon cœur.

LA MOITIÉ DE MES AFFAIRES AVEC MOI

Aujourd’hui j’ai un entretien dans un cabinet de chasseurs de têtes, j’ai donc mis l’un de mes deux costumes, et la seule cravate que j’avais retenue. Par ailleurs comme on est vendredi et que c’est le jour où l’on court avec quelques collègues j’ai aussi mes affaires de sport dans les sacoches de mon vélo. En pédalant vers le bureau je réalise que j’ai sur moi – du moins avec moi, pour toute cette journée, une vingtaine d’objets, soit environ la moitié de tout ce que j’ai décidé de garder : des chaussures, des chaussettes, un caleçon, un costume, une chemise, une cravate, ma montre, mon carnet, mon stylo, mon livre. Il se trouve qu’en plus il fait froid, j’ai donc pris mon bonnet. Ce à quoi il faut rajouter mes écouteurs, mon téléphone, mon vélo, ma cape de pluie. Pour le sport, là encore rebelote, ma paire de chaussures de running, une paire de chaussettes, mon short de course, mon t-shirt, ma casquette, ma serviette… ♦

La liste, à ce stade
#1 un livre
#2 un stylo
#3 un carnet
#4 un costume bleu
#5 un costume noir
#6 une chemise bleue
#7 une chemise blanche
#8 une chemise rose
#9 une cravate
#10 un jean
#11 une paire de chaussette
#12 une 2e paire de chaussettes
#13 un short de running
#14 une paire de chaussures de costume
#15 une paire de chaussures normales
#16 une paire de chaussures de running
#17 un pull (marin)
#18 un bonnet
#19 une écharpe
#20 un caleçon
#21 un caleçon
#22 un caleçon
#23 une brosse à dents
#24 une montre
#25 des écouteurs
#26 un téléphone
#27 un vélo
#28 une cape de pluie
#29 un t-shirt
#30 une casquette
#31 une serviette

À suivre.

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Herisson-tirelire par Erwann TerrierJe fais un don

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À propos de l’auteur

PIERRE ROUBIN

Ma démarche minimaliste est très matérialiste (au sens de pragmatique), urbaine, et en même temps réflexive. Je suis philosophe de formation donc j'aime bien manipuler aussi les idées.

9 commentaires

  1. 3 caleçons?
    Vous dites restreindre à trois caleçons, pour être large.
    Cela veux dire que chaque jour vous faites une lessive pour ne pas vous retrouver sans caleçon propre?
    Si c’est cela être minimal, cela me semble assez loin d’une démarche écologique.

    Pour ma part, je préfère largement avoir plus de sous-vêtements et pouvoir me contenter de faire une lessive par semaine.
    C’est moins d’eau et d’électricité utilisées par mon lave-linge et c’est meilleur pour la planète, non ?

  2. Bravo Didou, merci pour cette remarque très juste. Vous avez entièrement raison; les effets induits par cette démarche peuvent avoir des impacts négatifs. Il faut y penser, et vous lirez plus tard une réflexion un peu plus détaillée sur les « externalités », sociales et environnementales.
    Mais bref… oserai-je faire une vraie réponse à votre remarque? Oui. La vraie réponse c’est que étant 5 dans la famille avec des enfants jeunes, les lessives sont légions. Mais peut-être pas quotidiennes. C’est le début d’un aveux.
    La vérité vraie c’est qu’il y a parfois des ratés dans les lessives, ou bien des séchages un peu longs. Et alors, ben… j’en mets pas. Voilà c’est fait, c’est dit. Et bien croyez moi ou pas, ce n’est pas un drame.
    Excellente soirée Didou!

  3. Bonjour, il ne faut pas confondre l’attachement aux gens et aux objets. Se débarrasser d’un objet offert par un être cher ne remet pas en cause la relation. Je l’ai fait, il n’y a aucune conséquence.
    J’ai suivi les idées du projet 333 et je me suis débarrassé de la moitié de mes affaires, je trouve ça très sain, l’essentiel reprend toute sa place

  4. C’est très intéressant. Avec cette fameuse montre de mon grand père j’aurais l’impression de trahir, c’est bizarre. Comme si l’objet embarquait avec lui un peu du bonhomme. Je crois surtout que c’est parce qu’il m’avait dit « Tu la garderas ».
    Avez-vous continué après 3 mois? 333 c’est bien ça non? 3 mois avec 33 vêtements?
    Pierre

    • Chère Laurie, au plaisir de vous conter cette formidable aventure dans les prochains épisodes 🙂
      Très bonne soirée.
      Pierre

      2
  5. Bonjour Pierre,

    Nous sommes deux étudiantes en master 2 journalisme à l’IPJ-Paris Dauphine. Nous réalisons notre reportage de fin d’études sur le minimalisme et les personnes ayant choisi de vivre avec moins de 100 objets.

    Nous serions ravies de vous suivre dans votre démarche. Seriez-vous partant ?

    Nous restons à votre disposition sur ces commentaires ou par mail

    Merci, bon dimanche.

    Alexandra et Cassandre

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