Épisode 1 : À 43 ans, je fais le pari de vivre avec 43 objets

Le minimaliste Pierre Roubin a fait un pari : celui de vivre avec 43 objets. Pas évident quand on est père de famille et un tantinet dandy. Première étape, premier casse-tête : dresser la liste des objets choisis…

Pierre Roubin, 43 objets
43 objets pour une année. Et pas un de plus. Crédit photo: Pierre Roubin.

J prosaic apostropheai 43 ans et j’ai décidé de vivre avec peu de choses, simplement. Vivre à 43 ans, avec 43 objets, qui doivent servir à réaliser tout ce qu’un homme de 43 ans doit faire chaque jour dans sa vie. C’est-à-dire aimer, sentir, voir, regarder, travailler bien sûr, payer son loyer, élever ses trois enfants (j’ai trois enfants), voyager, se cultiver et se divertir.

C’est assez drôle car 43 objets, ce n’est vraiment pas beaucoup donc la liste est vite faite. Juste le temps de penser à toutes les situations de la vie, et voir quels sont les objets vraiment nécessaires. Aussitôt dit aussitôt fait, j’attrape mon carnet et je commence à lister de tête environ 35 objets en me disant qu’il faut que j’en garde aussi pour la fin.

IRRÉALISTE ET EXCITANT

Évidemment ce qui serait vraiment bien, car j’aime voyager, c’est que tout ça puisse tenir dans une seule valise, ou dans les sacoches de mon vélo. Sachant qu’évidemment, la valise et le vélo comptent chacun pour un des 43 objets listés comme absolument nécessaires.

Cela paraît à la fois complètement irréaliste et en même temps très excitant, complètement à contre-courant des tendances actuelles où chacun semble pouvoir accumuler à l’infini, témoignant d’un désir toujours croissant, d’un appétit frénétique, et d’une folie consommatrice.

Évidemment il ne s’agira pas de ne rien acheter, ni de ne rien consommer, mais plutôt de le faire avec parcimonie et simplicité. Remplacer un objet quand il est vraiment usé, le choisir avec soin, en user avec respect. En cas de renouvellement d’un objet, par exemple un manteau, il s’agira de recycler l’ancien, de le donner, tout au moins de voir s’il ne peut pas servir à quelqu’un d’autre.

PRENDRE LE TEMPS DE CHOISIR

En ce qui concerne la durée, je me dis qu’une année c’est bien, parce que ça laisse vraiment le temps de comprendre ce qui me manque. Peut-être que quand j’aurai mes 44 ans, je me doterai d’un 44e objet. J’imagine que c’est celui qui m’aura le plus manqué pendant tout le reste de cette année. Ce qui est sûr, c’est que j’aurai largement le temps d’y réfléchir, et le temps de choisir.

L’autre aspect bien sûr, c’est que je devrai le choisir de qualité, pour qu’il dure le plus longtemps possible, car il n’est pas question de renouveler tout mon barda chaque année. Imaginons que chaque objet puisse me durer dix ans, cela signifie que chaque année, je peux renouveler 10 % de mes objets, soit 4,3 objets renouvelés par an. L’avantage, c’est qu’à 100 ans j’aurai 100 objets, mais ce qui est paradoxal, c’est que je n’en aurai sans doute pas besoin. Bon peu importe, on verra bien.

LA LISTE

Première ligne de mon carnet, premier objet :

Un livre.

Très vite mes premiers objets sont de la même nature : un stylo. Vraiment essentiel un bon stylo ! Je me demande dans quelle mesure je vais pouvoir prendre des notes dans la marge de mes livres. Mais ça ne fonctionne pas car je ne vais pas pouvoir garder un seul livre. Je vais devoir en changer et je risque ainsi de perdre mes notes. Impossible. Il me faut une solution plus pérenne pour mes notes.

J’adore écrire, non pas que j’écrive des choses très importantes, mais voilà, c’est mon petit univers. Déjà qu’il ne va pas me rester grand chose, si au moins mes notes peuvent rester c’est le plus important. Donc naturellement le troisième item de ma liste est un carnet, mon carnet, Moleskine ou autre, de préférence avec des lignes mais il faut mon carnet.

Immédiatement après viennent les objets pour m’habiller. Indispensables. En premier me viennent deux costumes. Parce que pour le boulot c’est important. C’est smart, j’aime bien. J’aime bien les costumes, en général je les choisis avec soin, je suis même prêt à les payer cher, je les garde longtemps. Là il va falloir faire un choix, je vais retenir le noir très noir. Je vais garder en plus celui que j’ai acheté récemment en Turquie. C’est un bleu avec un motif Prince-de-Galles que j’aime beaucoup.

QUE FAIRE DE TOUS MES COSTUMES ?

Pour tous les autres il va falloir trouver une solution définitive, soit les vendre, soit les donner, soit les stocker au cas où je reviendrais en arrière, mais je ne vais pas pouvoir les garder. Sans quoi ce serait tricher. Voilà donc pour les deux costumes, je précise que chacun ne vaudra que pour un seul objet, même s’il y a un pantalon et une veste.

En résumé, au tout début de cette liste de survie, ou plutôt devrais-je dire de cette nouvelle vie, j’ai pour l’instant en tout et pour tout un livre, un stylo, un carnet et deux costumes. Il va falloir étoffer tout ça avec du concret, car pour l’instant je ne peux pas aller très loin.

Sur le costume forcément une chemise. Mais comme une chemise c’est trop peu je vais retenir trois chemises. Évidemment c’est cher payé en chemises. Mais autant je peux jongler avec deux costumes, mais je ne peux définitivement pas jongler avec seulement deux chemises. Je retiens donc une chemise bleue, une chemise blanche, une chemise rose. Idéalement j’adorerais prendre deux chemises à fleurs avec marqué « Surf into the smoke » mais pour le boulot ça ne va clairement pas passer. Donc on va faire dans le consensuel, et le passe-partout. Blanc, rose, on va tâcher de faire stylé avec tout ça.

L’ÉQUIPEMENT RUNNING

On progresse, on progresse. Pour les rendez-vous les plus importants, ou pour chercher un nouveau boulot, ce sera difficile de faire sans une cravate. Allons-y donc pour une cravate. Je suis un peu dégoûté de gâcher un item pour une cravate, mais je n’ai pas vraiment le choix.

Maintenant que l’univers du boulot est couvert, on va pouvoir passer au plus casual. La première chose à laquelle je pense, c’est à un jean. En fait j’ai beau jeu de dire jean car en réalité je n’en ai qu’un seul. Jusque-là rien de changé. Ensuite il faut une paire de chaussettes, et puis vraiment une deuxième. Ensuite je pense a mes chaussures de running. Et puis mon short de running. Me voilà équipé pour la course, mais je ne vais pas pouvoir mettre les mêmes chaussures avec les deux costumes et mon unique short. Donc évidemment j’inscris aussi dans mon carnet une paire de chaussures de costume. Je ne sais pas trop lesquelles pour l’instant, il faut que je voie avec la couleur, que j’imagine ça avec une chemise, il faut qu’elles m’offrent le plus grand nombre de possibilités. On va dire qu’à ce stade c’est un détail, je verrai ça plus tard

Sauf que, une paire de chaussures de costard plus une paire de chaussures de running, c’est un peu court. Je rajoute donc une paire de chaussures dans la liste.

MON PULL ADORÉ

Maintenant il me faut penser à l’hiver. En France il peut faire froid, et surtout l’hiver peut être long. Donc il faut mettre un pull. Je vais choisir mon unique pull, c’est un pull marin, cela fait maintenant neuf ans que je l’ai. Il est pour ainsi dire indestructible, c’est un pull Saint James. Je ne sais pas comment sont faits ces pulls, mais ils sont incroyables de résistance et de chaleur. Entre les années 2010 et 2014 je le mettais très souvent. Longtemps plus tard j’ai reçu par hasard une ancienne cliente, qui m’a dit : « Ah c’était vous celui qui avait toujours le pull marin ! »

Je me dis que le pull a déjà tenu neuf ans, il pourra bien en faire dix de plus. Et puis de toute façon, c’est un peu lui qui me définit, je ne vois pas pourquoi je changerais. Il me va, et manifestement je lui conviens aussi, on ne change pas une équipe qui gagne. C’est comme ça, les choses sont suffisamment changeantes dans une vie, pour que, quand on tombe sur quelque chose d’à peu près établi, on n’aille pas en changer.

Finalement un livre, mon stylo, un carnet et mon pull sont les quatre lignes les plus inamovibles de ma liste à ce stade. Pour le reste en vérité ça s’avère beaucoup plus compliqué. Pour continuer dans l’hiver, et le traverser jusqu’au bout, il me faudrait un bonnet. Un bonnet c’est bien, ça ne sert pas toute l’année, mais quand on a vraiment besoin, c’est vraiment difficile de s’en passer. On va dire pareil pour l’écharpe. Et maintenant que le mauvais temps s’annonce, qu’une vraie fraîcheur s’est installée, je pense que je suis paré pour traverser l’hiver.

La liste, à ce stade
#1 mon livre
#2 mon stylo
#3 mon carnet
#4 un costume bleu
#5 un costume noir
#6 une chemise bleue
#7 une chemise blanche
#8 une chemise rose
#9 une cravate
#10 un jean
#11 une paire de chaussette
#12 une 2e paire de chaussettes
#13 un short de running
#14 une paire de chaussures de costume
#15 une paire de chaussures normales
#16 une paire de chaussures de running
#17 un pull (marin)
#18 un bonnet
#19 une écharpe

Prochain épisode à la rentrée.


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Herisson-tirelire par Erwann TerrierJe fais un don

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À propos de l’auteur

PIERRE ROUBIN

Ma démarche minimaliste est très matérialiste (au sens de pragmatique), urbaine, et en même temps réflexive. Je suis philosophe de formation donc j'aime bien manipuler aussi les idées.

5 commentaires

  1. Très intéressant. J’ai un ami qui a adopté la même démarche cette année mais seulement pour les vêtements: en garder un nombre réduit, donner tout le reste et surtout, chaque nouvel achat implique de se débarrasser d’un article équivalent… Cela rééduque l’achat et semble surtout très libérateur.

    • EMMANUELLE VEIL

      Coucou Laure, c’est déjà pas mal comme défi, et du coup sais-tu combien ton ami a gardé de vêtements ? Bisous

      6
    • Pierre Roubin

      Bonjour Laure, oui les vêtements constituent le gros de la troupe. Avec 43 je pouvais mettre un peu plus que des vêtements alors j’ai tenté le pari. La démarche est en effet très ludique et libératrice. On récupère de la place, et du temps.

      6
  2. Roubin françoise le

    Bien vivre ce n’est pas vivre avec beaucoup de choses ; c’est vivre bien ensemble, disaient les représentants des peuples indiens au détour de la COP 21.

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