Épisode 5 : À présent, j’éprouve une sensation de légèreté en regardant ma penderie

Le minimaliste Pierre Roubin a fait le pari de vivre avec 43 objets. Dans ce 5e épisode, il commence à évoquer les ressorts philosophiques de sa démarche.

La penderie de Pierre Roubin
La penderie de Pierre Roubin. Crédit photo: Pierre Roubin.

lettrine -lettre Dans ma penderie, il y a maintenant 15 centimètres entre chacune de mes chemises, un cintre qui ne sert qu’à mon unique cravate, et je vois le mur derrière mes quelques vêtements. Sur l’étagère, j’ai étalé mes objets. Je vois tout d’un seul coup d’œil. Je n’ai plus besoin de chercher quoi que ce soit, puisque tout est là.

C’est assez étonnant cette sensation de légèreté. Je dois admettre toutefois que je me sens un petit peu oppressé : demain ressemblera à aujourd’hui, il n’y aura pas beaucoup de variété. Il n’y aura pas vraiment de « mode », et je vois mal comment je vais pouvoir rester un peu stylé. J’essaie de calculer toutes les tenues que m’offrent les hauts et les bas si je les combine en tentant des assemblages. Je pense que la plupart du temps tout cela sera du plus mauvais goût. Mais j’essaierai toutefois. Par exemple un costume avec mes chaussures de running, je pense que je vais en faire rire beaucoup.

ASSAILLI PAR DES PUBLICITÉS

Tant pis, il faut tenter des choses, il faut réinventer des choses, il faut pouvoir consommer peu, mais consommer bien ; il faut pouvoir rester respectueux de la nature, de ce qu’elle peut nous offrir. Et de ce que nous pouvons raisonnablement lui prendre.

Quand la Terre n’aura plus rien à nous offrir plus personne ne sera stylé, plus personne n’aura la classe, personne ne sera à la mode. Moi je vais tenter de démontrer, ou du moins chercher à montrer que tout nous est possible, que nous pouvons tout nous permettre, et même prendre beaucoup de plaisir, tout en accomplissant chaque jour des gestes durables, des actions responsables. S’habiller, éduquer, manager, séduire, courir, chanter, jouer, faire du sport, gagner des salaires « à 6 digits » pour ceux que ça intéresse encore. Nous déplacer dans les villes.

Depuis un an je n’utilise plus que mon vélo. Quand on ne prend pas le métro ni sa voiture, on échappe à la plupart des publicités qui assomment les gens. Récemment, pour me rendre à la gare, j’ai repris le métro, et comme à chaque fois, je me suis senti complètement assailli par des publicités qui jaillissaient dans tous les sens pour me donner envie de plein de choses, surtout de choses auxquelles je n’aurais jamais pensé moi-même. Je crois que je suis devenu un peu étanche à toutes ces histoires.

DES ABEILLES, DES FLEURS ET DES GLACIERS

En fait je vais tenter cet effort de parcimonie et de simplicité, parce que j’aime tellement chaque jour, j’aime tellement tout ce que je vois, je trouve que tout ceci est tellement précieux, et tellement fragile, que je vais tout faire pour le préserver. Je veux que mes enfants puissent voir ça, qu’ils puissent voir des glaciers sur les montagnes, peut-être même faire encore du ski, je veux qu’ils voient des abeilles dans les champs, des fleurs dans les villes, des gens épanouis, en bonne santé, des aînés dans la société.

Que l’on se comprenne bien : il n’est pas question ici d’un retour aux sources, d’un quelconque primitivisme, d’une régression, mais bien d’une avancée. Il est question ici d’une révolution profonde de notre manière de voir le monde, de notre manière de nous y inscrire, de nous y voir parmi les espèces, et de nous y plaire. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle humanité qu’il nous faut inventer.

Tous les anciens codes sont désormais désuets, les modes sont caduques, les schémas sont archaïques, les principes sont dépassés. Il nous faut nous transformer, devenir les hommes et les femmes de demain, éduquer les enfants de demain, ceux qui nous verront plus tard comme des dinosaures, qui dénonceront toutes nos folies et toutes nos irresponsabilités. Nous avons le devoir de ne plus jamais rien faire comme avant.


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Herisson-tirelire par Erwann TerrierJe fais un don

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À propos de l’auteur

PIERRE ROUBIN

Ma démarche minimaliste est très matérialiste (au sens de pragmatique), urbaine, et en même temps réflexive. Je suis philosophe de formation donc j'aime bien manipuler aussi les idées.

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