Épisode 8 : Il nous reste à révolutionner toutes nos petites actions quotidiennes

Quand on n’a qu’une seule paire de jeans et qu’une seule paire de baskets, celles-ci s’usent vite. Même le minimaliste Pierre Roubin est parfois obligé de faire du shopping.

Pierre Roubin, Mes 43 objets
Pierre Roubin avec ses baskets polyvalentes et son jean made in France (selfie), 2018.

Lettrine si j’ai jusque-là fait des efforts non contenus pour limiter le nombre d’objets que j’utilise, aujourd’hui je vais m’accorder un peu de shopping. N’est-ce pas là complètement paradoxal ? Je ne crois pas : il est très important dans cette approche minimaliste de conserver l’idée du plaisir à porter ses objets, à les choisir, à les repérer, à les comparer, à les désirer. Mon pari de vivre avec 43 objets n’a rien à voir avec la privation, l’abstinence, la contrition, bien au contraire.

Depuis quelques temps j’ai vu mon collègue Sofiane s’intéresser à des baskets de la marque Asics, bleu roi assez flashy, et il se trouve que par ailleurs ce sont d’excellentes baskets de running. Or j’ai un problème important à régler : avec seulement trois paires de chaussures, je dois absolument faire en sorte que chacune soit la plus polyvalente possible. Ces baskets-là, il me semble que je pourrais les porter avec mon short, les week-ends avec mon jean, éventuellement la semaine avec un pantalon de costume. Cela tombe bien, la semaine prochaine j’ai un événement en Italie, le pays de la mode. C’est un peu osé, mais je pourrais tenter de porter des baskets avec mon costume devant des centaines de clients et de prospects.

Mais avant de les acheter, vigilance : il faut absolument qu’elles soient confortables et idéalement que je puisse courir avec. Il faudrait aussi qu’elles soient solides, éventuellement pas trop salissantes. Je les commande en ligne depuis mon mobile, mais par précaution je choisis de me les faire livrer en magasin pour aller les chercher.

Deux raisons à cela : la première c’est que je vais éviter un transport inutile d’un colis emballé, et suremballé, qui devrait venir jusqu’à chez moi ou jusqu’au bureau. La deuxième raison c’est que dans le magasin je vais pouvoir les essayer, éventuellement les rendre immédiatement. En plus, en faisant ça, je vais me payer une belle balade à vélo dans Paris, et ça, ça n’a pas de prix : faire le tour de la place Vendôme, slalomer entre les derniers travaux de la nouvelle Canopé aux Halles, prendre la rue de Rivoli en sens interdit, entrer dans le Louvre, traverser le jardin des Tuileries… j’imagine déjà son bassin, sa grande roue et ses allées rectilignes…

Autre élément très important : je vais avoir prochainement besoin de remplacer mon jean. Celui que j’ai est un jean Diesel, c’était mon unique jean donc il n’a pas été dur de le sélectionner. Sauf que je l’avais déjà acheté d’occasion, sur Vinted, une petite application qui permet aux gens de se revendre leurs vêtements entre eux. Donc comme il est d’occasion forcément il a quelques signes de fatigue. Il y a notamment un trou entre les jambes qui commence à apparaître, la toile paraît complètement éliminée, il va falloir que je sois super fin sur le timing pour pas me retrouver en rade de jean.

J’ai entendu parler d’une belle initiative : des gens qui fabriquent des jeans en France. Je me moque bien évidemment de nos frontières, je ne suis pas protectionniste, mon propos ici n’est pas politique, il est simplement écologique, et j’ai envie de dire, philosophique.

On a su récemment grâce a plusieurs émissions que nos vêtements faisaient des trajets inconsidérés à travers la planète avant d’arriver dans les boutiques. Une telle débauche de transport, d’énergie, de carburant, de colorants, de décolorants, n’a aucun sens. C’est une pure folie. « 1083 » c’est le nom de la marque qui produit ces jeans en France. Pourquoi 1083 ? Si j’ai bien compris, c’est la distance en kilomètres entre Nice et la Bretagne, soit la plus grande diagonale de l’Hexagone. Et donc la boîte s’engage à ce que le jean ne fasse pas plus de 1083 km durant tout le cycle de production jusqu’à la boutique.

Encore une fois mon propos n’est pas ici de défendre les produits fabriqués ici ou là, en France plutôt qu’ailleurs. Le propos est de porter une attention décisive à notre attitude de responsabilité vis-à-vis des objets dont nous nous entourons. Plus généralement dans nos actes de tous les jours, dans notre vie quotidienne. J’ai dans l’idée que l’un des grands danger qui nous guette est justement l’assoupissement qui nous fait ne pas considérer toutes nos petites actions quotidiennes.

Dès lors que l’on a mis un carton à pizza dans la poubelle jaune on croit que tout est fait, on est certain d’être devenu un adorable citoyen, planétairement responsable. Mais la réalité est qu’il nous reste à questionner justement tous nos gestes séculiers, pour les revisiter, pour les révolutionner. Le monde de demain ne peut venir que d’une transformation radicale, à l’échelle de chaque individu, de chaque famille, de chaque groupe d’amis.

Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er jeudi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

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À propos de l'auteur
Ma démarche minimaliste est très matérialiste (au sens de pragmatique), urbaine, et en même temps réflexive. Je suis philosophe de formation donc j’aime bien manipuler aussi les idées.
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