Peut-on vraiment dépolluer les sols contaminés par des rejets industriels ?

Dépolluer les sols, c’est beaucoup plus compliqué que de les polluer. Mais est-ce seulement possible ? Et si oui comment, et à quel prix ? Et qui doit s’en charger ?

Dépolluer les sols, différentes solutions
Dépolluer les sols, c’est compliqué. Photo: Lowe Roy, pour l’USFWS.

Lettrine, La contamination des sols peut être consécutive à des activités ayant eu lieu sur le site même, ou à des retombées de proximité (épandage, fuite…). L’agence Santé Publique France recense plus de 6 500 sites et sols pollués liés à notre passé industriel, mais il y en a en réalité cinquante fois plus. Voire, à ce sujet, mon précédent article : Ces 320 000 anciens sites industriels à dépolluer de toute urgence.

Que dit la loi lorsqu’un sol est diagnostiqué comme étant contaminé ? Selon le principe du pollueur-payeur, c’est le dernier exploitant du site qui doit aujourd’hui financer les opérations de dépollution. Mais celles-ci dépendront à la fois du type de pollution et de l’usage qui sera fait par la suite du terrain.

On ne cherche pas à dépolluer de la même manière un site sur lequel on va construire une crèche ou sur lequel on va établir une production agricole ; on ne traitera pas de la même façon un sol pollué par les retombées d’une usine à charbon et une ancienne décharge à ciel ouvert. Il n’existe donc pas de définition objective de la qualité des sols, ni de l’acceptabilité sanitaire de sa pollution.

Les méthodes. Afin de rendre le sol et le sous-sol aptes à leur nouvel usage, différentes méthodes sont envisagées. Elles peuvent être conduites sur le site même, ou en dehors, moyennant l’excavation et le déplacement du sol (et la mobilisation importante d’engins pour ce faire). Dans certains cas, le site entier peut être isolé afin d’empêcher la propagation de la pollution, en intercalant des barrières étanches entre le milieu pollué et le milieu sain (par exemple en cas d’accident nucléaire). Il s’agit d’une méthode d’urgence, employée lorsqu’il n’existe pas de technologie adaptée au traitement de ce type de pollution.

Les méthodes de dépollution requièrent l’intervention de technologies et techniques d’extraction des polluants (pompage, dégazage sous vide, lavage à l’eau ou à la vapeur, etc.), d’épuration des particules du sol, de gestion des résidus pollués… Il faudra ensuite stabiliser physiquement le terrain, et s’assurer de la neutralité chimique du site.

La phytoremédiation, technique « bio » mais limitée. La nature, comme toujours, a traité les choses bien avant nous. Certaines plantes ont la capacité d’absorber et de stocker les polluants du sol. Cette caractéristique est bien utile pour la dépollution : il est possible en théorie de planter certains végétaux sur des sites pollués, de les laisser absorber les résidus, et de retrouver ainsi un sol sain ! La réalité est plus nuancée.

Déjà, les temporalités des industriels et de la biologie sont différentes : la phytoremédiation prend de longues années. Ensuite, cette méthode est limitée aux environnements où les polluants ne sont pas présents en quantités létales pour les plantes. Enfin, chaque espèce n’absorbe qu’un type spécifique de molécule, rendant délicate l’opération en cas de pollutions multiples. Et à l’issue des décennies d’accumulation, que faire de ces plantes dont les cellules sont pleines de polluants ?

Notons toutefois que certains contaminants organiques peuvent être directement dégradés par les plantes, qui les transforment en d’autres composés non toxiques. C’est cette capacité qui est employée notamment pour l’épuration locale de certaines eaux grises. Malheureusement, la plupart des polluants issus de l’industrie ne peuvent pas être dégradés de cette manière.

Dépolluer les sols a un coût. Le coût financier est pris en charge par les bailleurs et l’État, mais le coût environnemental est trop souvent oublié. L’emploi de machines, l’excavation, l’injection de solvants destinés à décoller les résidus polluants, le traitement des résidus en station d’épuration… sont des opérations non négligeables. Et surtout, le nettoyage ne rend pas le sol à son état initial, biochimiquement fonctionnel !

Le sol est considéré par ces professionnels de la propreté comme un matériau inerte au sein duquel seraient mélangées des saletés. Les méthodes de nettoyage sont multiples, et se diversifient toujours davantage, au gré des technologies développées par l’industrie. Cependant, lessiver de quelque manière que ce soit un sol en supprime également toute la vie, les micro-organismes, et en altère la structure.

Or, le sol n’est pas qu’un plancher mort. Sa composition physique, chimique et biologique en sont partie intégrante. C’est tout cela qui fait que le sol est stable, capte le dioxyde de carbone, retient l’eau de pluie, permet le maintien du niveau des nappes phréatiques… Certes, si l’usage futur du terrain n’est pas destiné à la culture, ce n’est peut-être pas si important. Recouvrir un sol mort d’une couche de béton ne change pas grand-chose à ses fonctions écologiques ; mais transfère la question sur celle – cruciale – de l’artificialisation des sols. Il serait urgent de cesser de tuer la vie dans nos sols, et pas uniquement pour l’utilité que nous en tirons (oxygène, eau, nourriture, rien que ça !) mais aussi tout simplement par respect : de quel droit nous permettons-nous de les anéantir ?


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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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