Les ayatollahs écolos : « C’est dur d’être gouverné par Macron »

Traités cet été d’ « ayatollahs écolos » par le ministre de la Justice, les défenseurs de la planète ont du mal à croire au « tournant vert » promis aujourd’hui par l’indécrottable jet-skieur Macron.

ayatollahs écolos
Dessin: Ray Clid.

Et nous qui nous attendions, après la promesse d’Emmanuel Macron de se faire l’ambassadeur des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, à le voir parader cet été en tenue chic de randonneur au sommet d’une montagne, un brin d’herbe entre les dents… quelle méprise ! C’est en tenue noire style motard, ayant troqué ses Vuarnet pour des Ray-Ban et faisant pétarader un jet-ski au large du Fort de Brégançon (Var), qu’il est apparu à la Une des journaux people et des réseaux sociaux. Plouf, la Convention climat ? Elle a en tout cas bien bu la tasse, sous les vagues et les giclées du « terrible engin » avec lequel le président s’amusait à arroser les gardes du corps qui le suivaient…

FAITES CE QUE JE DIS, PAS CE QUE JE FAIS

Quelques jours après ce rodéo navrant, le Journal du Dimanche révélait que notre nouveau ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, signait la préface du pamphlet pro-chasse de Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, et qu’il y traitait les défenseurs de la cause animale et de la nature en général d’ « ayatollahs de l’écologie », expression née à la fin des années 1980 dans les milieux d’extrême droite. Mais personne, ni à l’Élysée ni au gouvernement, ne trouva nécessaire de recadrer le Garde des Sceaux pour cette outrance. Qui ne dit mot consent.

Et puis tout l’été, on vit quoi : le président de la République, qui nous avait parlé au printemps de « sobriété carbone », abandonner ses masques réutilisables pour ne presque plus porter que des jetables à base de polypropylène (un dérivé du pétrole), ceux qui mettent quatre-cent cinquante ans à se décomposer. Donner l’exemple, n’est-ce pas pourtant le comportement de base d’un dirigeant ?

TENTATIVE D’ENFUMAGE

Hier, le Premier ministre Jean Castex, chargé de mettre en œuvre le « tournant écologiste » du quinquennat Macron, a expliqué que sur les 100 milliards du plan « France Relance », 30 milliards seraient réservés à la « transition », et on était censé se réjouir… Mais c’est juste la portion congrue, comparés aux 34 milliards dévolus à la « compétitivité » et aux 36 milliards pour la cohésion sociale  et les territoires. En outre, consacrer 30 % à la transition était le minimum obligatoire auquel s’étaient engagés les États signataires du plan de relance européen le 21 juillet dernier (afin de respecter l’accord de Paris sur le climat). Macron s’est donc montré plutôt radin puisqu’il n’a pas voulu mettre un centime de plus que ce à quoi il était contraint.

Enfumage supplémentaire, l’essentiel de ces 30 milliards ira aux géants de l’automobile pour le développement de la voiture électrique, aux transporteurs aériens pour la mise au point d’ « avions verts », à des investissement dans le nucléaire, etc. Quand seuls 0,5 % du plan de relance iront à l’économie circulaire, un modèle de développement innovant qui mérite pourtant des investissements massifs.

LES AYATOLLAHS ÉCOLOS EN ONT GROS

Pas dupes, les « ayatollahs écolos » ont par ailleurs du mal à digérer les dernières reculades du gouvernement au sujet des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles et de la chasse à la tourterelle des bois, en infraction avec la législation européenne sur les espèces menacées. D’un commun accord, la Ligue de protection des oiseaux, France Nature Environnement et les Amis de la Terre ont ainsi décidé de boycotter la réunion de rentrée du Conseil national de la transition écologique, une première. Ce qu’ils peuvent être susceptibles, ces intégristes verts !


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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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