Le quotidien sacrément compliqué des étudiants étrangers restés en France

Loin de leurs familles, parfois isolés et en difficulté financière, les étudiants étrangers en France ont été frappés durement par la mise à l’arrêt du pays.

les étudiants étrangers confinés
Illustration: Representational Image, Getty Images.

Parmi les 343 000 étudiants étrangers en France, combien sont retournés dans leur famille ? À l’annonce du confinement, « les responsables avaient mis des papiers sur nos portes pour nous donner des informations. Au bout de quelques jours, j’ai pu voir que presque la moitié n’avaient pas été récupérés » raconte Yessi, étudiant gabonais en résidence universitaire à Nantes. Si beaucoup d’étudiants semblent être rentrés dans leur pays, que deviennent ceux qui, comme Yessi, ont décidé de rester ?

Diverses raisons de rester. Étudiant allemand en Erasmus à la Sorbonne-Nouvelle (Paris III), Lorenz voulait « continuer d’améliorer » son Français, « j’avais aussi peur d’attraper le virus pendant le trajet et de contaminer ma famille ». Mais d’autres étudiants n’ont pas eu le choix : les billets de retour représentaient un coût important, soudain et imprévu.

Les universités sont actuellement fermées et ne rouvriront pas avant septembre 2020. La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a cependant garanti le maintien des résidences universitaires. Un soulagement pour Lorenz, qui était censé rendre les clés en juin : « j’ai la possibilité de prolonger mon contrat si nécessaire » explique-t-il.

Un isolement difficile à vivre. Tous les projets des étudiants ont été chamboulés, pour certains rester n’a plus beaucoup de sens mais ils ne savent pas quand ils pourront repartir. Pour ceux qui sont originaires de pays soumis à un confinement très strict, la situation est encore plus floue…

En France depuis trois ans, Yessi avait l’habitude de rentrer chez lui tous les étés, ce qu’il ne fera pas cette année. Il restera dans son studio nantais de 18 m². L’éloignement prolongé avec leur famille n’est pas toujours facile à vivre. « Je passe beaucoup de temps avec ma voisine italienne également en Erasmus et une amie à elle. Elles sont confinées dans le même appartement. On reste entre nous et on ne sort pas. Sans elles se serait encore plus difficile », témoigne Lorenz.

ILS N’ONT PAS LES CODES

La plupart des étudiants étrangers se retrouvent isolés. C’est notamment le cas de ceux qui sont arrivés pour le second semestre et qui n’ont pas encore eu le temps de tisser des liens. « Heureusement qu’il y a les réseaux sociaux », estime Yessi : « J’appelle ma famille tous les jours avec Whatsapp ». Ce sont également les appels quotidiens qui permettent à Daniela, étudiante hispano-colombienne à l’Université Paris-Nanterre, de rester en contact avec sa famille confinée en Colombie. « Je m’inquiète pour eux car à Bogota, il y a beaucoup de pauvreté. Les gens ne respectent pas le confinement parce qu’ils ont peur de mourir de faim. »

Beaucoup de stress. Les étudiants étrangers sont soumis à davantage de stress que les autres. Ils s’inquiètent pour leurs familles mais aussi pour les cours, les examens et les questions administratives. Ils doivent régler tous ces problèmes dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas totalement.

Les partiels ont été maintenus sous des formes allant des devoirs maisons à des épreuves en temps limité, mais sans aménagements particuliers pour les étrangers. « On avait plein de devoirs pour valider le semestre. J’ai aussi eu des problèmes d’argent et j’avais du mal à me concentrer. La situation est très stressante », confie Daniela. Elle étudie en France depuis trois ans mais pour ceux qui ne sont là que depuis quelques mois et ne connaissent pas le pays, les difficultés sont amplifiées. Ils n’ont pas les codes, parfois très complexes, de l’administration française ralentie par le confinement.

Une mesure a tout de même été prise pour les étrangers. Mi-mars la  durée de validité de l’ensemble des visas long-séjours et des titres de séjours a été prolongée de trois mois. Elle vient de nouveau d’être prolongée de trois mois.

Des difficultés financières. Yessi a la chance d’être aidé par sa famille mais « dernièrement les virements depuis l’Afrique sont plus lents ». Lorenz est titulaire quant a lui a une bourse Erasmus et reçoit une aide de la CAF, « mais avec le coronavirus les délais pour recevoir l’argent ont été allongés ». Bien que ralentis, les systèmes d’aides sont cependant toujours en vigueur. Des aides supplémentaires ont été mises en place pour l’ensemble des étudiants. Certaines universités livrent des repas, prêtent des ordinateurs mais aucune aide spécifique n’a été instaurée pour les étrangers en situation de grande précarité.


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À propos de l’auteur

ÉLODIE MÜNTZ

Étudiante passionnée d'histoire et de philosophie, j'écris aussi des articles.

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