Le cafard des étudiants privés d’amphis et de sorties : « Les cours en pdf et les apérozoom, ça va cinq minutes! »

Pour les étudiants, 2020 est un vrai cauchemar : obligés de suivre des cours à distance, ils ne peuvent pas faire connaissance et se retrouvent très isolés.

2020, une année dure pour les étudiants
Illustration: Pixabay.

andis que les écoles, collèges et lycées restent ouverts, mais en mode plus ou moins hybride pour essayer d’endiguer la formation de clusters, les universités, elles, sont totalement fermées depuis la fin octobre. Retour à la case « maison » pour les étudiants, comme en avril dernier. Et retour, aussi, de la déprime : privés d’amphis et de sorties, ils vivent mal la perspective d’une année d’études sous cloche, à l’âge où l’on brûle plutôt la chandelle par les deux bouts.

La rentrée de septembre avait déjà été assez refroidissante : « C’était difficile de nouer des liens en étant tous masqués, d’autant qu’on ne se voyait que par intermittence », témoigne Arthur, étudiant en master d’histoire à la Sorbonne (Paris). De nombreuses universités avaient en effet instauré un mode d’enseignement hybride assez abrupt. Les étudiants étaient séparés en deux groupes et venaient à la fac une semaine sur deux. Cette solution semblait être le moins mauvais compromis pour limiter la transmission du virus, mais les légendaires difficultés d’organisation de l’université n’ont fait qu’empirer.

DÉSORGANISATION TOTALE

Pour les étudiants qui faisaient leur première rentrée, cela a été très perturbant. « J’ai eu un problème avec mon emploi du temps. Je ne savais pas si je devais aller à un cours où non. J’ai contacté l’administration à plusieurs reprises. Personne ne m’a jamais répondu », raconte Mathilde, étudiante en licence LLCER (Langues et littérature étrangère) anglais à Cergy (Val-d’Oise).

Ce sentiment est partagé par Fanny qui a fait également sa première rentrée en double licence Humanités et arts du spectacle à Nanterre (Hauts-de-Seine) : « Lorsque nous étions sur la semaine à distance, nous pouvions être prévenus la veille que nous avions un cours le lendemain. C’était compliqué pour s’organiser. Depuis l’annonce du confinement c’est encore pire. Nos partiels doivent avoir lieu début décembre, nous ne savons pas s’ils seront maintenus et sous quelle forme. Certains professeurs essayent de nous aider mais ils n’en savent pas plus que nous. »

« NOUS RECEVONS JUSTE DES PDF »

Prévoyant la deuxième vague, certains établissements n’avaient même pas rouvert leurs portes après l’été. C’est le cas de l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (rattachée à l’Université Paris 3), où Louise effectue un master : « Tous nos cours sont à distance depuis la rentrée. C’est très dur de se concentrer. Il n’y a pas de rupture entre notre lieu de travail et notre lieu de vie. Nous ne sommes pas autant stimulés que dans une véritable classe. »

Comme Louise, tous les étudiants français connaissent désormais les joies des cours à distance, un joli mélange entre problèmes de connexion et de concentration. Sans compter que dans certains cas les interactions avec les profs sont très limitées. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de cours en visio. Nous recevons juste des PDF une semaine sur deux. Et certains profs n’envoient rien. Comme d’habitude, c’est le bordel », s’agace Ydris, étudiant en licence STAPS (Sports) à Nanterre.

LA NOSTALGIE DES SOIRÉES ÉTUDIANTES

Pour compenser, les étudiants d’une même promotion s’échangent les maigres informations dont ils disposent via un groupe Messenger, Facebook ou encore Whatsapp. C’est surtout un moyen de garder contact alors que le confinement peut amener à la solitude et au décrochage. La vie étudiante traditionnelle, entre afterworks et soirées, n’est plus qu’un lointain souvenir. Elle a pris de nouvelles formes avec les apéros sur Zoom et les soirées à jouer sur Discord.

Avant le reconfinement, certains avaient tout de même tenté de profiter une dernière fois de cette vie étudiante : « On a fait quelques soirées dans des bars pour se rencontrer » raconte Maëlle, étudiante en master à l’Université de Tours. « Comme je viens de Paris, je ne connaissais pas grand monde et ça m’a permis de faire connaissance avec d’autres étudiants. » Ces sorties ont été décriées mais les gens ne se rendaient pas forcément compte de leur importance sociale.

ÉTUDIANTS ANGOISSÉS

Les étudiants ont fait partie des premiers citoyens touchés par les mesures de confinement. La fermeture des universités à été brutale, au surlendemain de l’allocution présidentielle du 28 octobre. Tout le monde a dû prendre des décisions rapidement. Les étudiants ont dû choisir où ils souhaitaient se reconfiner. « J’ai profité du week-end de la Toussaint, un peu plus souple, pour rentrer en France. Sinon je ne savais pas quand j’allais pouvoir revenir voir mes proches », raconte Max, étudiant en médecine en Allemagne.

Ce reconfinement est synonyme d’incertitude et d’angoisse, beaucoup d’étudiants n’arrivent plus à visualiser leur avenir. Le virus a modifié de nombreux projets sur le court et le long terme. Comment s’organiser ? « Dans ma formation, il faut faire un stage de six mois à l’étranger. On a commencé par nous dire que ce stage pourrait être fait en France et maintenant on nous dit que ça ne sert plus à rien de chercher », explique Louise.

UNE ANNÉE SABBATIQUE

Comment puis-je trouver un stage dans cette période ? Comment puis-je rédiger un mémoire alors que l’accès aux bibliothèques et aux archives est réduit ? Est-ce que mes études servent vraiment à quelque chose ? De nombreuses questions trottent dans la tête des étudiants en cette période où s’entremêlent la crise sanitaire et le début de la « vie d’adulte ».

Pour prendre du recul, Florence, étudiante à Sciences Po Paris, a décidé de s’octroyer une année sabbatique : « Un mois après la reprise, je sentais que le format des cours en ligne et l’absence de contact ne me convenaient pas. J’ai décidé de me donner du temps. Cette crise me pousse à me poser des questions sur mon avenir, mon projet professionnel, des questions que je n’osais pas me poser auparavant. » Si l’épidémie a une seule vertu, c’est sans doute celle-là : favoriser l’introspection.


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À propos de l’auteur

ÉLODIE MÜNTZ

Étudiante passionnée d'histoire et de philosophie, j'écris aussi des articles.

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