Le Jardin du rail à Poitiers, un improbable potager partagé entre une route et une voie SNCF

Rencontre avec les créateurs du Jardin du rail, de jeunes Pictaviens qui ont transformé en quelques semaines un no man’s land en un potager partagé ouvert à tous.

jardin du rail, alban
Alban dans le Jardin du rail, près des ipomées en fleurs. Derrière lui, la glissière de la voie ferrée. Derrière moi, la route. Photo: Iris Petitjean.

Tout d’abord, pouvez-vous me décrire ce jardin ? Qu’y avait-il là avant ?
Alban et Axelle : Le jardin pousse sur une bande d’herbe plus ou moins triangulaire de 30 mètres de long pour 6 mètres de large au maximum, entre la route et le chemin de fer, d’où notre choix de son nom : le jardin du rail. C’est une zone urbaine sans fonction définie, que nous avons décidé, avec des voisins, de dédier à la préservation et à l’amplification de la biodiversité. Avant, elle était tondue à ras, il y avait donc peu de vie. Nous y recréons de la biodiversité en y apportant des plantes, et on voit déjà les insectes revenir.

Quelles démarches avez-vous entreprises pour transformer cette zone inoccupée en jardin ?
Au début nous avons repéré les lieux (c’est en face de chez nous) et demandé aux promeneurs de chiens et aux agents de la SNCF s’ils savaient à quoi cela servait, s’ils avaient une objection quelconque. Puis nous avons planté un panneau pour informer et amener les curieux, pour prévenir que l’idée n’est pas de transformer un espace public en espace privatif, mais de le laisser public, à disposition de tous. Nous avons créé une adresse pour recevoir des avis, des idées, des questions : jardindurail@gmail.com. Nous avons également envoyé un courriel à la mairie, afin de proposer de discuter des modalités d’occupation… mais aucune réponse. Alors le 26 avril nous avons commencé à planter quelques trucs.

un panneau au bord de la route indique le jardin du rail
Au début, il n’y avait qu’un panneau sur le bord de la route… Photo: Iris Petitjean.

Comment se passe l’acceptation du jardin dans le quartier ? Comment réagissent les riverains, les promeneurs, les agents d’entretien ?
Très bien ! Les gens qui passent s’arrêtent pour discuter, beaucoup de personnes ont laissé un peu d’argent ou fait des échanges de plants avec nous. Nous avons laissé une bande-tampon d’un mètre entre le trottoir goudronné et les premiers plants afin de laisser la place aux promeneurs et aux chiens. Les agents d’entretien de la mairie n’ont pas reçu de consignes particulières, ils ont tondu autour du jardin.

Pouvez-vous décrire une journée ou une semaine-type au jardin ?
Nous n’avons pas une organisation fixe ou des réunions, qui veut vient et revient, ça dépend des gens et des outils disponibles ! Plus de 25 personnes maintenant ont participé aux différents chantiers (nous annonçons certains gros chantiers via la page Facebook du jardin), il y a eu au début surtout des plantations, désormais c’est surtout de l’arrosage.

On nous a donné des outils, que nous laissons ici en libre service, et un arrosoir que n’importe qui peut aller remplir dans la Boivre [le ru en contrebas].

Nous avons également fabriqué des bacs en palettes de récupération pour y mettre des herbes aromatiques, et un grand bac dans lequel pour l’instant nous mettons les déchets à composter, et dans lequel nous planterons des choses quand il sera plein. La terre ici est très pauvre, un des participants va d’ailleurs apporter du compost mûr afin d’amender le terrain.

Quel avenir est envisagé pour ce jardin ? Y a-t-il d’autres projets similaires dans la ville ?
Nous avons fait le choix d’un jardin résilient, sans grosse organisation : si personne n’arrose pendant une semaine, tant pis, ce qui survit survivra. Nous espérons que nos plants de cette année pourront faire des graines, se ressemer, se développer.

Récemment nous avons sympathisé avec un groupe nommé « Les jardinières masquées » (qui existe dans plusieurs villes) : elles plantent également des potagers dans différents quartiers de la ville. Nous pouvons également prêter nos outils, fournir des plants, etc. à qui voudra mener d’autres chantiers de plantation.

Bientôt des concombres dans le jardin du rail
Les concombres en fleurs. Photo: Iris Petitjean.

Que diriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans la création d’un jardin partagé ?
Déjà, qu’il ne faut pas avoir peur ! Si on écoute les gens, rien ne se fait, parce qu’ils craignent le vol, le saccage, la mauvaise volonté, etc. Mais dans les faits, ici plus d’une centaine de personnes ont été touchées [près de 200 sont abonnées à la page Facebook], et il n’en ressort que du positif. Si certains sont malveillants, cette éventuelle minorité sera contrebalancée par toutes les bonnes volontés. Il faut faire confiance !

Et sur la procédure : il faut d’abord repérer le lieu, ensuite regrouper un petit noyau de personnes avec qui agir. Je ne conseille pas de demander à la mairie ! Au mieux, ils ne diront rien, et n’aideront en rien. Et après, il faut y aller progressivement : ne pas prévoir des plannings d’arrosage stricts ou je ne sais quoi, commencer à planter deux trois trucs, laisser vivre tout seul, et laisser la bonne volonté faire le reste.

• Le Jardin du rail, c’est désormais : menthe, tomates, pommes de terre, salades, physalis, courgettes, concombres, poivrons, aubergines, petits pois, groseilles, framboises, pommiers, bananiers, bourrache, belles de nuit, capucines, ipomées, œillets, géraniums, bégonias.

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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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