La théorie du compost #03 : « Tout est une question d’équilibre »

La théorie du compost (suite) : à partir de 2024 il sera obligatoire de pouvoir trier ses biodéchets. Un peu partout en France, des organismes forment des citoyens référents. J’y ai assisté, pour mon immeuble.

la theorie du compost
Les bacs collectifs installés dans le jardinet de mon immeuble, à Poitiers (Vienne). Photo: Iris Petitjean.

lettrine, e, aurelien vretn temps normal, les formateurs se déplacent, mais en raison de la crise sanitaire, cette session sur la théorie du compost avait lieu en visioconférence. « Allô, ça fonctionne là   Ah, parfait ! Bonjour à tous, je suis le maître-composteur qui va animer la formation. Appelez-moi simplement Maître. »

Ce samedi matin, devant l’écran, nous sommes 9 participants, motivés pour apprendre quelques leçons sur les déchets verts, prodiguées par l’association Compost’Âge (qui aide à l’installation de composteurs de proximité dans la Vienne). Certains d’entre nous envisagent d’effectuer une demande de composteurs, d’autres bénéficient déjà des bacs depuis plus ou moins longtemps, mais nous sommes tous animés par l’envie d’en savoir plus, de savoir quoi faire en cas de problème et, surtout, de pouvoir avancer des arguments concrets sur les avantages de ce traitement des déchets. Voici ce que nous allons apprendre durant cette formation…

Éléments de contexte. Votée en 2015, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte instaure le tri des biodéchets à la source : à partir de 2024 il ne faudra plus jeter ses déchets organiques dans la poubelle du tout-venant. Les particuliers qui n’ont pas de système de compost personnel devront donc pouvoir déposer ces déchets « verts » dans un endroit adapté.

Pour l’heure, les particuliers doivent apporter leurs déchets verts volontairement en déchetterie (généralement en voiture), d’où ils sont alors acheminés (souvent par camion) sur des sites de compostage industriel ou dans les usines de méthanisation. Cette formule génère indirectement des gaz à effet de serre. De plus, en raison de ces coûts de transport, le compostage industriel en France coûte pour le moment plus cher que le traitement des déchets « tout-venant ». Résultat, il est plus économique de brûler les biodéchets que de les valoriser ! Le système actuel est donc très insatisfaisant.

Composter oui, mais pas n’importe comment. D’une manière générale, quand on enfouit les déchets, des « jus » (lixiviats) s’infiltrent dans les sols et peuvent provoquer des pollutions locales. Les biodéchets n’échappent pas à la règle, et tout « verts » qu’ils soient, l’azote qu’ils contiennent peut polluer les nappes phréatiques. Les compostages de proximité sont encadrés par l’arrêté du 9 avril 2018, qui impose de former des référents, de nommer des exploitants responsables de la bonne tenue du site, et de ne pas commercialiser le compost obtenu.

Les nombreux atouts du compost. En plus de réduire le volume des déchets collectés et traités par voie conventionnelle, ainsi que les coûts de transport, le compostage de proximité a d’autres atouts cachés. Il permet notamment de créer des emplois (par exemple, l’association Compost’Âge, membre du Réseau compost citoyen, a déjà créé 5 postes), voire de rendre l’immobilier plus attractif pour les bailleurs (de plus en plus de personnes exigent la présence d’un composteur près de leur logement). Et bien sûr, il crée du lien social : aller brasser le compost est une excellente amorce de discussion entre voisins ! D’ailleurs, deux des participants à la visioconférence, en tant que voisins, partageaient le même écran.

Voilà pour les atouts théoriques. Maintenant, comment ça se passe, concrètement, pour transformer un déchet en ressource écologique ?

Quels sont les déchets compostables ? Les biodéchets regroupent en gros un ensemble de restes végétaux : tonte de pelouse, épluchures de légumes, fleurs fanées, mais aussi petits cartons, marc de café, et restes de cuisine. Attention ! Les emballages en matériau plastique « biodégradable » ne sont pas réellement compostables, même quand il est écrit le contraire dessus : en effet, s’ils sont bien composés, dans une certaine proportion, de matière compostable, il reste une part qui ne sera pas dégradée et qui se fragmentera simplement en minuscules particules de plastique, invisibles mais bien néfastes.

Le compost et ses habitants. Dans le bac à compost, les déchets verts vont être consommés par tout un tas d’organismes (je vous renvoie à nos articles sur le sujet), des plus gros comme les mouches, les carabes, les vers, aux plus petits comme les champignons ou les bactéries. Ces organismes auront précédemment colonisé le tas de compost soit parce qu’ils y sont arrivés en marchant, en volant ou en rampant (d’où l’intérêt d’installer le composteur sur un terrain non artificialisé), soit parce qu’ils y ont été atterri via les déchets, nos épluchures et autres résidus de jardinage déjà habités par toute une minuscule faune. Ces organismes, comme nous, ont besoin d’eau, d’oxygène et de nourriture équilibrée pour être en bonne santé. Tout le travail d’un maître-composteur est de leur garantir une bonne santé.

Comment entretenir son compost. Le besoin en eau des organismes du compost est en grande partie assuré par la matière fraîche elle-même : les biodéchets sont composés en majorité d’eau. Pour tester l’humidité d’un compost, on en prend une poignée dans la main et on la presse : si de l’eau s’écoule, c’est qu’il y en a trop. Si le matériau reste friable, c’est qu’il n’y en a pas assez, on peut l’arroser un peu. La bonne proportion (environ 60 % d’eau) est assurée si une boule peut être formée. Quand un compost est trop humide, il risque de sentir mauvais.

Le besoin en oxygène est assuré par la bonne aération du tas. C’est pourquoi il faut avoir un bac construit dans un matériau qui laisse passer l’air, et s’assurer lors des apports de ne pas tasser la matière. Le broyat carboné, constitué de morceaux d’écorce, structure bien le tas et permet à l’air de passer. Les petits habitants du compost sont cependant très doués pour aérer tout seuls leur environnement lors de leurs déplacements (galeries de vers, etc.). Là encore, si l’oxygène manque, gare aux mauvaises odeurs !

DE L’EAU, DE L’AIR, DE LA NOURRITURE

Enfin, le point le plus important, c’est l’alimentation équilibrée. Pour croître et se reproduire, les petits organismes consomment rapidement les déchets mous et humides contenant de l’azote. Ils ont également besoin de carbone pour puiser leur énergie. La proportion de carbone et d’azote est donc la clef d’une bonne décomposition des déchets en humus. Trop d’azote, et le processus de décomposition s’effectuera de manière incomplète et sentira mauvais. Trop de carbone, et le processus sera mis en pause parce que les micro-organismes n’auront plus de quoi se nourrir – ça ne sentira pas mauvais cette fois, mais il ne se passera simplement rien.

Le ratio idéal est d’environ 30 molécules de carbone pour une d’azote. Mais plutôt que de calculer le nombre de molécules de chaque élément dans nos épluchures, on fera en sorte de maintenir, en gros, un tiers de matière sèche (concentré en carbone) et deux tiers de matière humide (riche en azote) dans le tas de compost. Si la matière humide – les déchets de cuisine en général – est facile à se procurer, la matière sèche est souvent plus rare dans le compostage collectif. Il faut s’assurer d’avoir un stock suffisant de broyat sec pour effectuer le mélange. Souvent les déchetteries mettent à disposition des particuliers des stocks de branches broyées pour cet emploi.

DISTRIBUTION DE COMPOST

Tout au long des apports de biodéchets dans le tas de compost, il faut veiller à l’équilibre et à la santé du compost. L’aérer, surveiller son hygrométrie [humidité, N.D.L.R.], vérifier si les organismes s’y plaisent, si aucun ne prend l’ascendant sur les autres… Sur le papier, cela semble beaucoup de travail, mais dans les faits, pas d’inquiétude : la nature se débrouille très bien. Il faut intervenir rapidement bien sûr, en cas d’odeur, de prolifération de mouches, fourmis ou autres, mais sinon, il faut simplement laisser faire le temps et les petites bêtes. Le compost va tranquillement se transformer jusqu’à pouvoir être utilisé comme amendement, en mélange avec la terre pour l’enrichir. C’est lors de la distribution du compost mûr, entre voisins, que prennent corps les « apéros-compost », les lancements de jardinage collectif, et les émerveillements sur la magie de la nature. À vos seaux !


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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

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