La théorie du compost #02 : L’experte envoyée par la mairie valide le projet de notre immeuble

Comment faire installer un compost collectif dans son immeuble (suite) : après avoir convaincu les voisins, notre journaliste Iris Petitjean a obtenu l’agrément de la mairie. Elle raconte.

L'experte envoyée par la mairie
Pour obtenir l’aide de la mairie, il fallait faire valider le projet par une experte en compost.

> À lire : Compost collectif #01 : Comment j’ai convaincu mes voisins d’en installer un dans l’immeuble

lettrine, maintenant que les habitants sont à peu près d’accord pour composter… que faire ?

Avec trois voisins motivés pour mener l’aventure, nous avons pris contact avec une association locale mandatée par la mairie pour accompagner le compostage de proximité. Et l’association nous a envoyé une experte chargée de visiter les lieux, d’estimer la faisabilité du projet, la quantité de compost qui sera fournie, etc.

Bons élèves, nous avons rédigé avant sa venue une petite fiche que nous avons glissée dans toutes les boîtes aux lettres de l’immeuble afin d’informer les habitants : « le compostage, qu’est-ce que c’est », « que peut-on peut composter », « que fait-on du compost obtenu »… (si vous voulez cette fiche, je peux la transmettre sur demande).

UN JARDINET DANS L’IMMEUBLE

L’experte a donc pu constater que des résidents étaient déjà au courant, qu’il y avait des volontaires pour être référents, condition indispensable pour l’installation. Un bon point.

Bien, mais l’experte veut maintenant savoir ce que nous comptons faire du compost que nous obtiendrons. Car le compost obtenu localement ne peut ni être utilisé ailleurs, ni déplacé comme peuvent l’être les déchets ménagers, encore moins vendu – à moins d’accomplir tout un tas de démarches fastidieuses et coûteuses (tests en laboratoire, etc.).

UN COIN OMBRAGÉ

Impossible, donc, d’installer des composteurs si vous n’avez pas de débouché pour votre compost. Fort heureusement, nous avons un jardinet dans l’immeuble, avec des arbres qui seront ravis de cet amendement. Et bien sûr chacun pourra à sa guise venir piocher dedans pour en ajouter dans ses jardinières. C’est bon, nous validons ce point aussi.

L’experte a ensuite visité le jardinet et nous lui avons montré l’endroit où nous envisagions de placer les bacs [rappelons qu’il en faut trois : un pour déposer les déchets, un pour stocker la matière sèche qui permet d’équilibrer le mélange, et un dans lequel mûrit pendant quelques mois le compost une fois le premier bac plein de déchets, cf. notre article Composter, pourquoi ? Principes de base, N.D.R.]. Mais elle a trouvé qu’il n’était trop ensoleillé pour accueillir des composteurs : il faut les placer dans un endroit ombragé, afin que le compost ne sèche pas l’été. Elle l’a jugé aussi trop petit, il faut un endroit assez vaste car les bacs doivent être accessibles facilement, et il faut pouvoir envisager leur multiplication en cas de pérennisation.

CIRCULATION

La spécialiste du compost a estimé que si les 28 foyers de l’immeuble se mettaient à séparer leurs déchets organiques, on pourrait atteindre plusieurs tonnes de compost par an ! Il faudrait alors plutôt envisager de disposer d’au moins cinq collecteurs ! Sachant que chaque bac mesure 90 centimètres de côté, et qu’il faut qu’un humain puisse circuler tout autour, le terrain disponible doit donc plutôt représenter 6 mètres de long sur presque 2 mètres de large (comptons 30 centimètres entre chaque bac, et 50 centimètres pour passer de chaque côté).

Bref, nous n’avions pas choisi le bon endroit.

Heureusement, le jardin de l’immeuble dispose d’un coin ombragé, où il est possible de disposer jusqu’à cinq bacs, si on ne les place pas en ligne droite. Ouf, point marqué.

L'experte valide l'emplacement
L’emplacement validé par l’experte : les bacs iront à la place du tas de branchages. Photo: Iris Petitjean.

À présent nous savons quoi faire du compost, où jeter les déchets, et qui viendra régulièrement s’assurer de son bon fonctionnement. Simplement, cela devra tenir dans la durée, nous met en garde l’experte. Confiants sur ce point, nous la rassurons : notre motivation ne faiblira pas, nous allons si bien promouvoir la pratique que tous les habitants viendront déposer leurs déchets, ce sera formidable…

CE N’EST QU’UN DÉBUT

D’accord, mais pour produire un mélange équilibré il ne suffit pas d’apporter des déchets dits « humides », il faut également équilibrer le mélange avec la « matière sèche », souvent du broyat d’écorce. Et cette matière sèche, c’est à nous de nous la procurer. Il semble possible, dans certaines villes, de récupérer du broyat dans les déchetteries, à condition d’avoir un véhicule adapté à ce transport. Cependant, notre jardinet est « entretenu »* par une entreprise d’élagage des arbres et arbustes, qui pourra sans doute nous fournir ses résidus lorsqu’elle viendra intervenir chez nous. Nous nous fondons sur cette hypothèse pour valider ce point, et être donc autorisés à posséder des composteurs. Quelle joie !

Ce n’est évidemment pas tout. Le papier est signé, mais il faudra encore que le syndic achète les bacs, que ces derniers nous soient livrés, que les petits seaux destinés à recueillir les déchets soient fournis à chaque foyer, que tout cela se mette en route, et que les trois heureux référents soient officiellement formés aux arcanes du compostage. Ce dernier point devra même avoir lieu avant l’installation effective des bacs. À suivre.

* Je me permets de mettre des guillemets car je ne considère pas que couper des branches soit un entretien. Mais cette considération n’engage que moi.

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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

Un commentaire

  1. Avatar

    Si tous les habitant-es s’y mettent, il faudra trouver comment utiliser au moins 2 tonnes (2 000kg) de compost…tous les ans.
    Cela peut concerné uniquement certains bio déchets et militer pour une collecte en porte à porte sur tout le territoire pour un traitement via une plate forme de compostage dite industrielle (avec ou sans méthanisation avant le compostage)
    Rappel de l’obligation en 2024 de trier à la source les bio déchets pour tous les foyers en France et en Europe

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