La théorie du compost #04 : Comment gérer un compost partagé avec vos voisins

Dans les épisodes précédents je vous ai raconté le parcours que j’ai dû suivre pour faire installer un compost collectif dans mon immeuble à Poitiers. Maintenant qu’on a des jolis bacs, on fait quoi ?

compost partagé
Compost partagé. Photo: Iris Petitjean.

Lettrine-lors de l’installation des bacs dans le jardin de l’immeuble, l’association mandatée par la mairie pour suivre notre projet de compost partagé [voir les précédents épisodes] nous a fourni des petits seaux à couvercle, les « bioseaux » (… en polypropylène, personne n’est parfait). Ainsi, chaque foyer participant peut séparer ses déchets en 4 poubelles : une pour les emballages recyclables (dont on ne sait toujours pas exactement lesquels le sont et lesquels ne le sont pas…), une pour les rebuts organiques, une pour le verre (qu’il faut apporter soi-même à une borne spéciale) et une pour tout le reste. Évidemment, cette configuration est variable selon les villes : certaines proposent la séparation du papier, d’autres la récupération du verre dans l’immeuble, etc.

Ce que nous compostons. Les déchets compostables sont, en gros, tout ce qui n’est pas sorti d’une usine : nous mettons des végétaux, des restes de plats cuisinés, mais aussi des os et des peaux d’agrumes… le tout, c’est de varier, de ne pas surcharger le compost d’un seul type de déchet. Lorsque l’on a une alimentation équilibrée, on a vraisemblablement des restes qui le sont aussi. Il est possible également d’y ajouter les cartons non imprimés (boîtes à œufs ou rouleaux de papier toilette).

N’oublions pas le but du compost : faire travailler les micro-organismes pour qu’ils dégradent nos résidus. Plus ce qu’on leur donne est déjà fragmenté, plus ils travailleront vite. Il est donc conseillé de couper ce qu’on jette en petits morceaux. Sans se compliquer à faire une julienne de peaux de melon, il faut éviter de mettre une baguette entière ou tout un chou (oui, je l’ai vu), et au moins les entailler un peu ne devrait pas vous prendre trop de temps.

Attention ! Les sacs plastiques dits « compostables » sont à éviter. En effet, s’ils sont composés majoritairement de fibres tirées de végétaux, et donc biodégradables, une partie reste constituée de matière plastique, qui n’est elle pas biodégradable. Ces résidus seront très rapidement décomposés en minuscules éléments invisibles à l’œil nu, donnant l’impression que les emballages disparaissent… alors que ces microplastiques qui voyagent partout sur la planète constituent une des pires sources de pollution.

Ce que nous faisons. Lorsque nous apportons nos restes dans le bac à compost, nous en profitons pour l’aérer un peu, avec une petite griffe, puis nous recouvrons le tout de « matière sèche », ici un broyat d’écorces. Le broyat permet d’apporter du carbone au mélange qui se forme, quand nos déchets de cuisine sont principalement composés d’azote. Un bon compost, qui se dégrade correctement et sans odeur, doit être constitué d’environ une part de matières carbonées pour deux parts de matières azotées.

Le fait de recouvrir notre apport azoté de broyat évite de laisser trop visibles les déchets, pour les humains que cela dérangerait, et surtout pour les mouches, qui viennent moins visiter le compost s’il est recouvert de copeaux qui ne les attirent pas.

Une fois par semaine environ, il faut aérer plus intensément le compost : à l’aide d’une vis (voir la photo ci-dessous) ou d’une fourche, nous mélangeons bien toutes les couches. L’aération évite la formation de poches riches en azote et pauvres en carbone, où la dégradation s’effectue sans air. La dégradation sans air est très efficace mais sent extrêmement mauvais car elle produit de l’ammoniac. Pour éviter cela, il faut veiller à toujours entremêler les matières azotées et carbonées et aérer.

Vis spéciale compost.
Une vis pour mélanger. Photo: Iris Petitjean.

Souvent, les coins du bac sont plus secs que le centre car plus exposés au vent, il est donc important de ne pas les oublier pour bien répartir l’humidité. Nous en profitons généralement pour faire un petit état des lieux : nous humidifions si vraiment c’est trop sec, nous rajoutons de la matière sèche si besoin… J’ai listé en bas de l’article quelques remèdes à appliquer selon les divers diagnostics rencontrés.

Une fois que le bac d’apport est plein, il faut transvaser le compost dans le bac de maturation, où il continuera de se dégrader pendant quelques mois avant d’être utilisable.

Le compost avant maturation
Le compost avant maturation. Photo: Iris Petitjean.
compost mûr
Le compost trois mois plus tard. Photo: Iris Petitjean.

Ce que cela nous apporte. Une fois le compost mûr, nous constatons d’abord la diminution importante de son volume. Tous les organismes qui sont passés par là s’en sont nourris et ont donc utilisé cette matière pour former la leur. Ils se sont servis, puis sont repartis une fois qu’ils n’y trouvaient plus à manger. Le compost mûr ne grouille donc plus de bêtes, contrairement à celui qui est en train de travailler. Il est également d’une belle couleur brune de terreau, avec la même odeur, et surtout la même texture. C’est impressionnant de constater qu’au bout de quelques mois à peine on ne distingue plus aucun déchet. Ce chou entier, ce morceau de pain… ne sont absolument plus reconnaissables, et sont devenus une matière assez homogène à l’odeur de sous-bois.

C’est là qu’il est temps d’organiser un apéro ! Les sites de compostage sont aussi des lieux d’échange et de rencontre. La distribution du compost mûr peut facilement devenir un événement festif : chacun des participants viendra se servir en terreau pour amender la terre de ses jardinières tout en partageant un verre avec ses voisins par exemple. C’est l’occasion de parler jardinage, mais également biodiversité, et pourquoi pas d’aller observer à la loupe les bestioles qui travaillent dans nos bacs !

une brouette poru transvaser
Le transvasement. Photo: Iris Petitjean.

Dans notre immeuble, il s’est passé une chose inattendue en décembre dernier. Notre bac d’apport s’étant trouvé plein bien avant que le compost précédemment transvasé dans le bac de maturation ne soit mûr, il nous a fallu libérer ce dernier bac un peu plus tôt que prévu. Avec quelques habitants, nous avons  épandu son contenu sur une petite parcelle du jardinet, où il a été laissé tout l’hiver.

Au printemps, nous avons organisé une après-midi durant laquelle nous nous sommes servis en compost enfin mûr, et ce jour-là nous avons jardiné dans la zone que nous avions précédemment couverte de compost pas fini. Chacun a semé ce qu’il avait, planté ce qu’il pouvait : belles de nuit, graines récupérées d’un piment, pommes de terre germées, fleurs qui avaient pris un coup de froid… Pousserait ce qui pourrait bien pousser…

Deux mois plus tard, nous avions une profusion de pommes de terre, des pensées, du muflier, de la bourrache, des cucurbitacées indéterminées, des tomates, des nigelles, des belles de nuit… le tout dans un fouillis vivant et revigorant, alors même que le compost pas mûr est généralement trop fort pour que certaines graines fragiles lèvent ! De nos restes de cuisine, nous avons fait un jardin

Ces résultats prouvent le succès du projet dans notre immeuble : nombreux sont les foyers à participer au compost, puisqu’il se remplit même trop vite. L’association qui nous a accompagnés pendant un an a pu calculer que pendant l’année 2020, nous avons revalorisé 960 kg de déchets via le compostage. Près d’une tonne de déchets qui ne sont pas partis à la poubelle, et qui ont été transformés en vie !

épandage du compost
Épandage du compost pas mûr dans le jardin de l’immeuble, décembre 2020. Photo: Iris Petitjean.
compost partagé
Le même en juillet 2021. Photo: Iris Petitjean.
le compost fait des fleurs
Pensées, mufliers. Juillet 2021. Photo: Iris Petitjean.

Allô docteur ? Voici un petit résumé des éventuels problèmes rencontrés avec le compost, et leur solution. Si vous faites face à d’autres problèmes, ou surtout si vous avez d’autres idées et solutions, j’essaierai d’allonger cette liste.

  • Le compost sent mauvais → Aérer, ajouter de la matière sèche.
  • Le compost ne se dégrade pas → Aérer, humidifier, attendre que les micro-organismes viennent. Vérifier qu’aucun biocide n’a été malencontreusement apporté (produit d’entretien, vinaigre…).
  • Il y a des moucherons → Les mouches dégradent elles aussi la matière organique. Mais si elles sont trop nombreuses, c’est qu’il y a un déséquilibre. Recouvrir de matière sèche (broyat, carton découpé) les aliments visibles et accessibles et brasser tous les jours jusqu’à rééquilibrage.
  • Il y a des fourmis → Humidifier légèrement et brasser tous les jours jusqu’à rééquilibrage.

* Les démarches exposées ici valent pour un site de compostage partagé en ville, mais sont tout aussi valables si vous avez un jardin où vous faites un tas de vos « déchets » organiques.


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À propos de l’auteur

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

Un commentaire

  1. Vous écrivez « pendant l’année 2020, nous avons revalorisé 960 kg de déchets via le compostage »
    S’il vous plaît pourrait on connaître le nombre de personnes concernées pour savoir combien de kg/habitant-e / an sont détournés ? Chiffre à rapprocher de la moyenne nationale qui est qu’une personne jette 80 kg/hab/an de bio déchets.
    Une remarque sur le paragraphe des sacs « compostables »: soit le sac est compostable (souvent « home compost ») mais il faut bien maîtriser le compost afin qu’il soit composté, mais à ne pas confondre avec le sac « dégradable » qui effectivement n’est pas à mettre dans un compost.
    La dégradation sans air produit du méthane, un gaz à effet de serre 24 fois plus puissant que le CO2, c’est pour cela qu’il faut toujours aérer le compost et ne pas faire des « pourrissoirs non contrôlés » au fond de son jardin. Quelques précisions en compléments et à votre disposition.

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