Compost collectif #01 : Comment j’ai convaincu mes voisins d’en installer un dans l’immeuble

Beaucoup d’immeubles ne sont toujours pas équipés de bac à compost collectif. Si comme moi vous voulez en faire installer un, voici les étapes à suivre, les aides, la législation…

Compost collectif dans une copropriete

Lettrine, Lorsque j’ai emménagé dans mon immeuble en 2018, on m’a montré les poubelles : celle pour les emballages recyclables et celle pour « tout le reste ». L’absence d’un bac pour le verre m’a dérangée mais j’en ai pris mon parti, étant donné qu’il y a des conteneurs à proximité dans la rue. En revanche, il n’y avait aucune solution pour les déchets organiques, alors que l’immeuble est doté d’un jardinet…

Faire germer l’idée. Peu après mon emménagement, j’ai donc demandé à mes voisins s’il était envisageable d’installer des bacs à compost collectif. Par chance, un autre résident souhaitait également faire germer l’idée. Et très vite, nous avons été trois personnes (sur une cinquantaine de résidents) souhaitant faire installer des bacs à compost collectifs

Démarches administratives. Afin de faire accepter cette installation dans une résidence, il est indispensable de recueillir l’accord des résidents, et de faire valider cette décision par l’assemblée générale des copropriétaires. Hélas, il n’y a qu’une seule réunion par an, il a donc fallu que je patiente de longs mois avant de pouvoir proposer à l’ordre du jour la motion d’installation de bacs spécifiques !

Enfin, à l’assemblée générale qui a eu lieu fin 2019, la proposition d’avoir des bacs à compost collectif a pu figurer à l’ordre du jour, et être critiquée. Heureusement, nous avions eu un an pour nous renseigner afin de proposer un argumentaire solide. Nous avions soigneusement préparé un document sur les les bases du compost, ses avantages, son absence de nuisances. En effet, de nombreuses personnes pensent que cela sent mauvais, peut-être par association avec le purin ou le fumier animal, peut-être par crainte de tout ce qui n’est pas aseptisé et cerclé de béton… Il n’en est rien !

À lire aussi : notre série sur le sol.

Détails pratiques. Il faut, cela va de soi, s’assurer d’avoir une place pour les nouveaux bacs, mais aussi trouver une utilité au compost que l’on obtiendra. Car si tous les résidents de l’immeuble se mettent à trier leurs biodéchets, le compost se comptera en centaines de kilogrammes ! Enfin, il faut constituer un groupe de résidents référents, qui pourront guider les autres dans l’art du compostage et être l’interlocuteur avec l’extérieur.

Le financement. Il faut également penser au financement desdits bacs ! De nombreuses collectivités locales se vantent d’aider leurs administrés à investir dans les composteurs, mais cela s’accompagne de multiples conditions. Dans ma ville, par exemple, les particuliers peuvent être remboursés de 15 € pour l’achat d’un composteur ou lombricomposteur individuel (qui s’élève en moyenne à une centaine d’euros…), et les copropriétés peuvent bénéficier d’un « accompagnement » gratuit.

En quoi consiste cet accompagnement ? Une personne d’une association locale spécialisée dans la promotion du compostage vient estimer la faisabilité du projet, puis effectue un suivi régulier pendant un an après la mise en place. Mais le financement du matériel n’est pas pris en charge ! C’est donc un coût supplémentaire qui a été voté dans la copropriété où je vis. Toutefois, afin d’être adoptée, la motion des partisans du compost a été amendée d’une clause permettant d’abandonner les bacs en cas de dysfonctionnement.

La législation. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) de 2015 prévoit que tous les particuliers disposent d’une solution pratique de tri à la source de leurs biodéchets avant 2025. Ne serait-il pas judicieux d’accompagner cette démarche un peu plus activement, en aidant financièrement les copropriétés par exemple ?

Mes conseils. Si vous souhaitez, comme moi, faire installer des composteurs collectifs dans votre immeuble, munissez-vous de patience et de volonté. Rapprochez-vous des services de la ville pour savoir ce qui est proposé, parlez-en dans l’immeuble, et constituez un petit groupe de résidents volontaires avant d’aller en parler au syndicat des copropriétaires ou du bailleur.

Soyez prêts à avancer les frais d’installation, sur le long terme, cet investissement sera amorti (argumentez avec l’annonce de l’obligation de pouvoir trier les biodéchets à la source en 2025) : cet outil va permettre la valorisation des déchets mais aussi la discussion, l’échange, l’implication des voisins… et pourquoi pas le projet d’un jardin partagé ?

En attendant, dans notre immeuble, le projet a mis un an à être adopté, mais c’est fait. Reste à le mettre en place. Nous attentons la visite de l’association (le confinement a retardé les choses). Du temps va encore s’écouler avant que nous recevions les bacs et que nous puissions donner nos épluchures aux vers de terre…


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À propos de l’auteur

IRIS PETITJEAN

Écologue de formation, je concilie mes deux passions, les insectes et la typographie, en écrivant en pattes de mouche.

2 commentaires

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    Merci beaucoup pour le post, mais je pense que vous pourriez en faire un second plus terre à terre (haha) en allant au fond des choses, notamment pour partager votre expérience et le travail déjà effectué :
    – Quel matériel avez vous installé ? Trouvé où ? Comment ? A quel coût ? Livré ? Installé ? A monter ? …
    – Nombre de composteurs par rapport au nombre de foyers (prévus sur une base de combien de kg ou m^3 par personne ?)
    – Finalement que faites-vous du compost ? Une société vient le récupérer ? A quelle fréquence ? Sur appel ? Gratuitement ? Qu’est-ce qu’elle en fait (se fait de l’argent en le revendant derrière ?)
    – Quel est le coût final pour la copro (ou par habitant ou foyer) ? C’est en effet LA question qui va vite être posée (« combien ça va encore nous coûter tout ça vos caprices de bobos ? »).
    – Pourquoi pas des photos…

    Merci encore pour l’introduction au sujet, et merci par avance s’il y a une partie 2 à venir 🙂

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