Épisode 12 : La première cerise de l’année et autres plaisirs minuscules

Le minimaliste Pierre Roubin s’est délesté de la plupart de ses effets personnels. Il évoque les plaisirs simples de la vie quotidienne, comme manger un fruit pour la première fois de la saison.

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Photo : Pixabay.

Lettrine, Chaque année j’aime faire une expérience unique : celle de manger un fruit pour la première fois de la saison. Par exemple chaque printemps manger la première cerise. Cette toute première cerise que j’attends, que je vois sur les marchés, mais je ne les prends pas car je sais qu’elles n’ont pas encore tout leur goût. Et puis à un moment de la saison je me lance, je suis dans un supermarché, j’attrape la cerise en laquelle j’ai vu les promesses de toutes les cerises.

Je l’attrape et je la mange. Je sens son poids, je sens son aspect lisse, je l’ai sentie glisser sur ma langue, je sens le détachement sec de la queue qui s’en sépare. Éventuellement cela fait même un petit bruit sec. La chair, à l’endroit précis où s’implantait la queue, se retrousse un petit peu, une perle de jus s’écoule. Et alors je croque la cerise, a peau qui résiste, se tend, ma dent la perce.

Le jus qui coule, le goût qui envahit la langue puis le palais, et descend dans ma gorge, la chair écrasée, la langue qui fait tourner le noyau pour aller chercher chaque petit morceau de la chair du fruit. Le noyau sucré, et râpé jusqu’à ce que tous les sucs du fruit se soient évanouis dans la gorge. Et finalement recracher le noyau.

SENSATIONS DÉLICIEUSES

Cette sensation là, plusieurs fois dans l’année, une fois pour les cerises, une autre fois pour la première poire juteuse, une autre fois pour le premier abricot tellement mûr qu’il est presque en compote, gorgé de sucre et de fibres ; pour la première figue, et sa grâce infinie, son jus liquoreux, pour la première mirabelle tellement mûre qu’elle en est confite sur l’arbre, pour la première reine-claude déjà presque fripée et déjà alcoolisée. Le premier grain de raisin, les pépins amers, la peau épaisse et âcre.

Ces sensations sont délicieuses, elles sont exquises, il faut alors un an avant de les retrouver. Cette rareté, cette pudeur leur donne un goût et une saveur qui ne se retrouvent qu’une seule fois dans l’année.


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Herisson-tirelire par Erwann TerrierJe fais un don

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À propos de l’auteur

PIERRE ROUBIN

Ma démarche minimaliste est très matérialiste (au sens de pragmatique), urbaine, et en même temps réflexive. Je suis philosophe de formation donc j'aime bien manipuler aussi les idées.

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