La méthanisation agricole, une énergie qui sent le gaz !

Le cultivateur Christophe Gatineau s’inquiète dans un livre à paraitre en novembre prochain : le boom de la méthanisation agricole en France menace rien moins que notre système alimentaire.

La méthanisation agricole, Somain (Nord)
Méthanisation agricole à la ferme Sockeel à Somain (Nord). Photo: Jérémy Günther Heinz Jähnick.

lettrine, quand la photosynthèse transforme l’énergie solaire en énergie alimentaire, la méthanisation agricole transforme cette énergie alimentaire en énergie thermique et électrique. Si certains voient dans ce « gaz vert » une solution positive et durable pour la planète, une partie de la communauté scientifique y voit la mort programmée des sols et l’effondrement de notre système alimentaire.

Qu’en est-il réellement ? Permettre aux citoyens de comprendre toutes les implications de la méthanisation agricole est l’objet de l’ouvrage que je suis en train de finaliser et dont la sortie est prévue pour le mois de novembre prochain.

La France vise l’autonomie en gaz pour 2050. Et pour l’atteindre, l’État a décidé de s’appuyer sur nos sols agricoles et sur les agriculteurs pour produire du biogaz, cette énergie vendue aujourd’hui à l’opinion publique comme un complément de revenu pour les producteurs et un bras de levier pour diminuer les gaz à effet de serre.

S’agissant du complément de revenu, rien ne peut le garantir, l’État ayant déjà annoncé (1) que le prix de rachat baissera au fur et à mesure que la production augmentera ! Une position qui rejoint celle de la directrice générale d’Engie en 2018 : « La production de biogaz est quatre fois plus chère que celle du gaz naturel. Il y a un gros effort à faire. » Qui fera l’effort : l’acheteur ou le producteur ? Qui fait l’effort en général : le banquier ou l’ouvrier ? Le paysan ou le supermarché ?

Plusieurs syndicats agricole rappellent par ailleurs que la mission essentielle de l’agriculture est alimentaire. Elle est de nourrir les humains avant d’alimenter les capitaux et les réseaux de gaz. Quant à la Confédération paysanne, pour toutes ces raisons, elle réclame un moratoire.

De mon côté, j’ai écrit fin juillet une lettre au président de la République, dont voici un extrait : « Je vous demanderais bien un moratoire, mais j’ai tout de même le sentiment d’arriver avec un train de retard, tant la méthanisation agricole s’envole sans précaution. Un train de retard et le sentiment que l’État a mis la charrue avant les bœufs, entraînant l’agriculture hors de son champ. » Quant à l’objet premier de ce courrier, il portait sur les gaz à effet de serre : la méthanisation agricole peut-elle les réduire ?

Si l’État et ses agences gouvernementales affirment sans sourciller que cette technologie réduit notre empreinte carbone, rien ne permet de le soutenir à cette heure ! Rien, puisque l’analyse complète du cycle de vie du biogaz n’a jamais été réalisée. L’Ademe, l’agence en charge de son développement, écrivait en conclusion d’une étude publiée en 2011 : « Une analyse plus large devrait être menée afin d’estimer si les gains environnementaux (et technico-économiques) dépassent les transferts de pollution soulignés par cette étude. » Dix ans plus tard, toujours pas d’analyse plus large en vue, pourtant le seul moyen pour savoir si réellement la production de méthane agricole à un effet positif sur notre empreinte carbone.

L’énergie grise en question. L’énergie grise – ou cachée – est la somme des énergies nécessaires à la fabrication d’une substance, d’un matériau, d’un objet ou d’un bâtiment, et à son recyclage. En l’espèce, c’est l’ensemble de l’énergie consommée pour produire le gaz vert à l’exception de son utilisation.

L’énergie grise intègre autant la mise en place des semis que les pesticides, les engrais, l’entretien, la récolte, le stockage et le transport des cultures vers les méthaniseurs, que la production de la nourriture et la conduite des élevages pour fournir les fumiers et les lisiers, que la production et le transport des protéines importées d’Amérique du Sud, que le chauffage et le brassage des fermenteurs, ou l’hygiénisation des digestats et la purification des gaz bruts.

Il faut savoir que près de la moitié des gaz produits par un méthaniseur ne sont pas injectés dans le réseau mais sont largués dans l’atmosphère ! Une perte sèche de 40 à 45 % exactement, principalement du CO2.

Interrogé par Le Monde cet été, Olivier Allain, le « monsieur agriculture » d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2017, est la première personnalité politique à changer d’avis sur la méthanisation agricole. Après l’avoir défendue de toutes ses forces, il n’a plus de mots assez durs : « C’est l’énergie renouvelable la plus subventionnée, avec une approche complètement erronée de l’intérêt agroécologique. C’est grotesque, énorme, une hérésie ! Ça finira de façon scandaleuse » affirme aujourd’hui cet éleveur breton, conseiller régional LREM et ex-vice-président du Conseil régional de Bretagne, ancien président de la FDSEA des Côtes-d’Armor.

> Le livre de Christophe Gatineau, La méthanisation agricole, une énergie qui sent le gaz ! paraitra en novembre 2021 en autoédition grâce à un financement participatif sur la plateforme Miimosa. Le premier objectif ayant été atteint, un second palier a été fixé, avec des contreparties pour les donateurs. Pour participer, cliquez ici.

(1) « Le biogaz n’est viable que si on baisse les coûts de production », déclarait Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, le 12 mai 2021, devant la commission du Sénat en charge d’évaluer la méthanisation dans la politique énergétique de la France. Avant d’ajouter : « Aujourd’hui, l’État achète le biogaz 5 à 10 fois plus cher que le gaz naturel, alors il est indispensable que la hausse de la production s’accompagne d’une baisse des coûts. »

Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

Membre de l'association des Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie, je suis agronome, cultivateur, auteur d'ouvrages chez Flammarion (Éloge du ver de terre, Éloge de l'abeille).

Exprimez-vous !