Fiche de lecture : Si tu meurs, je te tue

« Si tu meurs, je te tue », c’est ce que disait parfois pour plaisanter Chloé Verlhac à son mari, le dessinateur Tignous, assassiné à Charlie Hebdo en 2015. Dans ce livre, elle fait revivre « le mec merveilleux qu’il était » et leur « folle histoire d’amour ».

Si tu meurs, je te tue, la couverture du livre
« Si tu meurs, je te tue », de Chloé Verlhac (avec Emmanuel Lemieux), Plon, 2020.

Le genre
Récit.

Le pitch
Le 7 janvier 2015, Chloé Verlhac apprend par le coup de fil d’un proche qu’il vient d’y avoir une fusillade à Charlie Hebdo. Elle appelle Tignous mais il ne répond pas. Elle rappelle, rappelle, en vain. Elle va sur place avec la fille aînée de son mari, elles mettent des heures à passer les barrages de police, et quand enfin on les laisse entrer dans le Comédie Bastille, un petit théâtre réquisitionné comme QG par la Protection civile, les gens (policiers, vigiles, pompiers, soignants…) refusent de leur donner la moindre nouvelle de Tignous. Quand elles finissent par comprendre, par déduction, qu’il est mort, elles perdent connaissance.

L’auteure
Attachée de presse dans un théâtre parisien, Chloé Verlhac était mariée au dessinateur Tignous, rencontré des années plus tôt à la Fête de l’Humanité. Jusqu’en 2015, ils formaient un couple fusionnel et vivaient dans un pavillon à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en compagnie de leurs jeunes enfants et de plusieurs chats. Si tu meurs, je te tue a été écrit avec le concours du journaliste Emmanuel Lemieux, fondateur du site de veille des idées Les Influences.

Mon humble avis
J’ai mis du temps avant de lire ce livre, que Chloé Verlhac m’avait gentiment envoyé avant sa sortie, car je redoutais d’avoir trop de peine en le lisant : j’aimais beaucoup Titi, qui fut un collègue de travail à Charlie Hebdo durant mes années là-bas en tant que journaliste et nous étions restés amis après mon départ du journal. Mais il y a quelques jours je l’ai enfin ouvert et je l’ai lu presque d’une traite.

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Comme on peut s’y attendre, ce récit est très émouvant ; c’est le témoignage brut de décoffrage d’une femme passionnée à qui l’on a pris son grand amour et le père de ses enfants. Chloé raconte la sidération, les envies de suicide, le soutien de l’entourage, les petits gestes touchants de Christiane Taubira, garde des Sceaux à l’époque, les bureaucrates qui calculent froidement le prix du sang, les retournements de veste inattendus et les solidarités nouvelles… Tous ceux qui ont connu Tignous le retrouveront vraiment dans ce livre, et ceux qui ne le connaissaient pas découvriront sa personnalité très attachante.

On est bouleversé, on pleure, et on finit même par rire à un moment quand Chloé raconte la manière dont leur petit Solal, 5 ans, maltraite le président François Hollande lors d’une réception à l’Élysée pour les rescapés et les proches des victimes de l’attentat.

Une phrase du livre
« ‘Je suis la femme du dessinateur Tignous, j’ai deux enfants en bas-âge, je veux savoir s’il est vivant ou blessé’ : ce sera ma phrase tout au long de l’après-midi, je la scande pour franchir péniblement les cordons de police ou poser des questions aux officiels. »

Un extrait du livre
« Je suis perturbée par ma capacité à être ce que j’appelle ‘l’attachée de presse de Tignous’. J’ai déjà évoqué ce phénomène, mais il mérite qu’on s’y attarde.
Chaque fois que je dois intervenir dans un média ou parler de Tignous lors de dédicaces ou de conférences, c’est comme si je devenais quelqu’un d’autre, que je me détachais et ne souffrais plus. Mais quand ‘l’épreuve’ est finie et que la réalité me rattrape, c’est violent et ça me fait très mal.
La psychologue m’a alors expliqué ce mécanisme de défense fascinant que j’ai mis en place. Le 7 janvier 2015, l’état de sidération dans lequel je me suis retrouvée, cet état cotonneux et sans souffrance, était en réalité un mécanisme de défense de mon corps. Sous l’effet du choc, le corps sécrète du cortisol et de l’adrénaline (les hormones du stress) en si grande quantité qu’elles peuvent provoquer de graves dégâts. Alors, pour éviter de ‘griller’, le cerveau stoppe les arrivées des terminaisons nerveuses et se déconnecte. C’est pour cela que cet état est si doux. Et que c’est si douloureux lorsque la reconnexion se fait.
La mémoire du corps est immense, il sait reproduire ce qu’il a déjà expérimenté. C’est pourquoi, chaque fois que je me retrouvais en situation de souffrance, instinctivement, mon cerveau se protégeait.
Mon défi allait être d’apprendre à ne plus déconnecter, à affronter cette réalité sans que la souffrance soit insurmontable. »

Si tu meurs, je te tue, Chloé Verlhac (avec Emmanuel Lemieux), Plon, 2020, 222 pages. Sorti en poche dans la collection L’Abeille en 2021.


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À propos de l’auteur

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

2 commentaires

  1. Oui!!! Tignous était un être attentif aux autres… Je l’ai croisé à Paris dans une période difficile et son soutien spontané m’a impressionnée et je n’ai rien oublié… Je pense toujours à lui… le livre de sa femme je vais le lire maintenant pour ne jamais l’oublier avec mon fils Morgan… une rencontre amicale… rare…l es mots me manquent pour exprimer ce que je lui dois pour la première fois…

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