Épisode 19 : Immersion compliquée dans un temple du jouet avec mon fils de 4 ans

Le minimaliste Pierre Roubin, qui vit avec 43 objets, nous raconte dans cet épisode son voyage au royaume du plastique : un gigantesque magasin de jouets.

Enfant, jouets, camion
Illustration : Esther Bernard.

Samedi dernier, j’ai passé la matinée à jouer sur le tapis avec le plus jeune de mes enfants. C’est un garçon, il a 4 ans, il s’appelle Joé. Comme il s’était levé tôt, nous avons fait la sieste dans l’après-midi, blottis l’un contre l’autre après avoir lu un Tintin, L’Oreille cassée. Dormir avec son petit, quand on a 43 ans et 43 objets [voir la liste à la fin de l’article]est la chose la plus formidable de l’univers. En ouvrant les yeux, j’écoutai le silence de la chambre, et sa tranquille respiration… Je me disais alors qu’il y a des choses dans la vie d’un homme, des choses qui en puissance, en joie, en intensité, surclassent tout.

IL M’ENTRAÎNE DANS L’ÉNORME MAGASIN

Je me disais alors que s’il fallait un jour tout abandonner, juste pour un instant comme ça, alors je laisserais tout. Le 43e objet, le 42e, le 20e, jusqu’au dernier. Rien de matériel ne peut se substituer à la douceur des moments passés avec les gens qu’on aime.

J’avais pris rendez-vous à 17 heures pour aller chez le coiffeur. Je réveille doucement Joé, nous enfilons nos paires de baskets, la tête encore confite de la sieste, la peau fripée avec des traces d’oreiller dans les cheveux.

En sortant de chez la coiffeuse, Joé me tire par le bras. Il veut m’entraîner dans l’énorme magasin de jouets qui fait face au salon coiffure, une espèce de supermarché gigantesque, à l’entrée d’un tout nouveau centre commercial, sans doute le plus grand de Paris, le centre Beaugrenelle.

VOYAGE AU ROYAUME DU PLASTIQUE

Bon gré mal gré nous entrons dans le magasin. D’abord nous sommes accueillis par d’immenses personnages de film en carton. C’est rigolo. Joé n’y prête aucune attention car les personnages sont trop grands pour lui et il ne les connaît pas. Nous divaguons dans les premiers rayons, appâtés par mille et une couleurs. Au bout d’un moment nous montons à l’étage, il y a des jouets partout, des montagnes de jouets, des armées de gens, ou plutôt devrais-je dire d’acheteurs, de consommateurs.

À tel point que je me demande si je n’ai pas trois mois de retard, et si nous ne sommes pas à la veille de Noël. Comment autant de gens peuvent-ils acheter autant de choses un samedi d’octobre ?

Je me rends compte d’une deuxième chose : tous ces jouets et tous ces articles sont tous en matière plastique. Chaque armature de voiture, chaque brique de Lego, chaque personnage de Playmobil, tout est en plastique, jusqu’aux chevelures des poupées, en fibres synthétiques. C’est assez vertigineux. ce voyage au royaume du plastique, avec des boutons, des commandes, des diodes qui clignotent, des voix de synthèse inaudibles et des alarmes stridentes.

« PAPA, ON LE PREND CELUI-LÀ ? »

Mon fils et moi sommes un peu perdus, Joé vient me voir toutes les cinq minutes en me demandant si on peut acheter ça. Je lui répète que nous étions entrés pour voir et que nous n’allions rien acheter. C’était la règle de départ, mais évidemment j’ai bien conscience qu’elle est terriblement dure à comprendre pour un enfant, on a l’impression qu’il suffit de tendre le bras pour que l’objet nous appartienne.

Au milieu des allées quelques vendeurs déguisés comme des Playmobil actionnent des voitures télécommandées et des drones pour la plus grande joie des enfants, et aussi des parents. La mienne aussi j’avoue. Il y a tellement de choses qui bougent, qui clignotent, qui s’agitent dans tous les sens, que j’ai l’impression d’être dans la bande annonce du prochain Mission impossible. Mon fils revient plusieurs fois à la charge avec un nouveau paquet : « Papa on le prend celui-là ? » Je lui répète que non, mais que par contre il faut bien réfléchir à tout ce qu’il y a pour faire un beau dessin dans quelques mois au Père Noël et lui indiquer ce qui lui fera le plus plaisir.

C’est tout juste si je ne sens pas peser sur moi le regard désapprobateur des vendeurs et des clients, qui me jugent rude et rabat-joie, un mauvais père en quelque sorte.

Mes 43 objets : la liste
#1 un livre
#2 un stylo
#3 un carnet
#4 un costume bleu
#5 un costume noir
#6 une chemise bleue
#7 une chemise blanche et ses boutons de manchette
#8 une chemise rose
#9 une cravate
#10 un Jean
#11 une paire de chaussettes de contention
#12 une paire de chaussettes noires
#13 un short de running
#14 une paire de chaussures de costume
#15 une paire de chaussures habillées
#16 une paire de chaussures de running
#17 un pull (marin)
#18 un bonnet
#19 une écharpe
#20 un caleçon
#21 un 2e caleçon
#22 un 3e caleçon
#23 une brosse à dents
#24 une montre
#25 des écouteurs (avec micro)
#26 un smartphone
#27 un vélo
#28 une cape de pluie
#29 un t-shirt de running
#30 un 2e t-shirt
#31 un 3e t-shirt
#32 une casquette
#33 une fouta
#34 un maillot de bain
#35 une ceinture
#36 des lunettes de soleil
#37 un short d’été
#38 un sac à dos (22 litres)
#39 une tondeuse à barbe
#40 un pantalon casual
#41 un manteau habillé
#42 une valise cabine
#43 mon parfum

Voir tous les épisodes de Mes 43 objets


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À propos de l’auteur

PIERRE ROUBIN

Ma démarche minimaliste est très matérialiste (au sens de pragmatique), urbaine, et en même temps réflexive. Je suis philosophe de formation donc j'aime bien manipuler aussi les idées.

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