Ce 49.3 qui ne passe pas

Sans majorité autour de la loi travail, le gouvernement l’a fait adopter de force à l’Assemblée nationale. Une stratégie risquée qui semble aller contre le sens de l’histoire.

Photo de l'Assemblee nationale
L’Assemblée nationale (Paris)

Le recours de Manuel Valls à l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote le 12 mai dernier la loi El Khomri en première lecture à l’Assemblée nationale ressemble à un mauvais calcul. Une de ces décisions dont le bénéfice attendu parait bien mince au regard du fait qu’elle vous met tout le monde à dos. Que va-t-il se passer, maintenant ?

Dans la rue. Alors que le mouvement contre la loi travail était en voie d’essoufflement, syndicats ont appelé les salariés (notamment ceux des transports : routiers, marins, pilotes, cheminots…) à manifester mardi 17 et jeudi 19 mai. Certains sont des appels à la grève reconductible. À noter que mercredi 18 mai, ce sont les policiers en burn-out qui défileront à Paris : épuisés par les attentats et les manifs contre la loi travail, ils ne savent pas comment ils vont faire pour tenir pendant l’Euro de football.

Sur Internet. La motion de censure citoyenne, lancée en réaction au 49.3, a réuni en quelques jours plus de 500 000 signatures. Ce n’est pas fini, sachant que la pétition Loi travail : non merci ! en a recueilli 1,3 million.

Au Parlement. La loi El Khomri sera examinée au Sénat à partir du 13 juin. Le président de la chambre, Gérard Larcher (LR), a prévenu que l’opposition allait revenir à la version initiale du texte, qui « nous allait très bien. J’aurais pu la proposer lorsque j’étais ministre du Travail ! ». Le vote des sénateurs devrait avoir lieu fin juin, avant que le texte ne revienne à l’Assemblée fin juillet. Autant dire que le gouvernement n’est pas sorti d’affaire.

Le sens de l’histoire, est-ce vraiment, pour un gouvernement socialiste, de pousser coûte que cote une loi qui instaure la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche ? Soit un renversement de la hiérarchie des normes qui affaiblit considérablement les employés dans les termes du dialogue paritaire. On peut sérieusement en douter, d’autant qu’au même moment, aux États-Unis (souvent en avance sur la France en matière de tendances), le candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders fait un carton auprès des jeunes et tire son pays à gauche toute avec des déclarations sur le monde du travail qui font mouche, telles que celle-ci, épinglée en haut de son site Internet : « Une personne qui travaille 40 heures par semaine ne devrait pas pouvoir vivre dans la pauvreté ».

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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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