Super maman #10 : Qui a découpé ma belle robe bleue à petits pois ?

Dur dur d’être maman. Ce jour-là, malgré son entorse du bassin, elle avait mis sa belle robe bleue à petit pois, mais maintenant, pourra-t-elle la remettre ? Il suffit d’un rien pour soulever des questions existentielles.

La belle robe bleue à petit pois
Illustration: Marion Narbonnet.

Lettrine-la 10e chronique de super maman était écrite, sur le point d’être envoyée. Il y était question d’un autocuiseur électrique programmable, de temps gagné, d’accidents de gazinière évités, d’un cadeau de Noël spécial tribu, de nuits blanches à veiller les malades de l’hiver, de l’absence de Super papa en voyage au Mexique, du soutien de Super mamie et Super mémé. Seulement voilà, ce jour-là, j’avais mis ma belle robe bleue à pois…

Le matin devant le miroir, je n’avais rien remarqué. Puis, à un moment de la journée, j’ai eu froid au bras droit et découvert, sidérée, une manche plus courte que l’autre. Découpée. J’ai d’abord pensé l’avoir fait moi-même dans un acte somnambule symbolique, suspecté les dents de la machine à laver et le chat grignoteur. Puis l’évidence s’est imposée : le coupable avait forcément moins de 6 ans, de grandes aspirations créatives ou une forte pulsion de destruction. Bébé Bolita : trop occupée à manger ses pieds. Petit Tourbillon : pas encore assez précis pour découper si droit. Restait petite Hirondelle et son amour pour les activités manuelles.

QUI SUIS-JE ?

Dis moi chérie, tu n’aurais pas découpé ma robe pour faire des couvertures à tes poupées ? Après avoir nié en bloc, la petite styliste en herbe est revenue, penaude, avouer son crime. Super maman se retrouve donc désormais avec deux robes dont une asymétrique, et enfin une idée de cadeau de Noël a souffler à Super papa. Ce qui pose une question existentielle : pourquoi arriver à de telles extrémités pour savoir ce qui me ferait plaisir ?

Six mois après l’arrivée de bébé Bolita, Super maman n’a au fond qu’une seule envie : se pelotonner dans un plaid en pilou, un casque anti-bruit vissé sur les oreilles, un roman entre les mains. Autant demander une licorne. Comme chaque année depuis cinq ans, quand le père Noël m’a demandé ma liste, je lui ai donné celle de mes enfants. Quand il m’a suggéré d’exprimer mes désirs, j’ai mis la tête dans le dressing et crié fort en silence, à m’en ficher un torticolis. Incapable de formuler le moindre souhait personnel, je découvre, à 35 ans que je ne sais plus ni qui je suis ni ce que j’aime.

J’HÉSITE…

Le constat est accablant : je suis une maman et je ne suis que ça. Et faire un câlin au hibou en peluche de petite Hirondelle au petit-déjeuner ne va pas arranger les choses. Heureusement, dans quelques jours c’est la nouvelle année. Peut-être que cette fois je saurai ce qu’il faudra me souhaiter : retrouver celle que je suis derrière celle que je suis devenue. En attendant, j’hésite entre couper l’autre manche de ma robe ou la garder ainsi. Pour me rappeler de ne pas m’oublier chaque fois que je la porterai.

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À propos de l'auteur
MYLÈNE M.R.
Journaliste globe-trotteuse, j’aime rire et raconter des histoires vraies. Je crois que dans la vie l’important c’est de regarder autour de soi.
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