Super maman #04 : Soyons honnête, je n’ai plus une once d’humour

Dans l’attente de son 3e enfant, Super maman essaye de garder la tête hors de l’eau malgré les insomnies, l’école fermée pour cause de covid, les aînés turbulents à la maison.

"Soyons honnête, je n'ai plus une once d'humour"
Illustration: Marion Narbonnet.

Lettrine stoooooop. « Madame vous arrêtez tout ou c’est direct l’hôpital ». La menace fait l’effet d’une douche froide et secoue les quelques pauvres neurones qui s’accrochent encore à mon cerveau épuisé. La sage-femme a été claire : je suis exténuée, au bord du burn-out maternel mais bébé doit encore rester bien au chaud trois mois de plus. Les bouleversements hormonaux de la grossesse, les soucis familiaux, le manque de sommeil auront eu raison de ma santé physique et mentale.

Super maman est sur le fil et de chaque côté le vide et l’abîme menacent. Un mois sans dormir et la machine déraille : trop de contractions, zéro concentration, plus de patience, aucune tolérance. Et une impression funambule : celle de devenir, tout simplement, folle. Mais il paraît que ce n’est pas ça. Ouf. Il me faut seulement dormir (haha facile à dire), rester couchée (la bonne blague) et arrêter de réfléchir (oui bien sûr). J’adore ma sage-femme et mon médecin, et l’inquiétude que j’ai vue dans leurs yeux m’a un peu calmée.

JE NE PEUX PAS TOUT FAIRE

Alors, super maman cède, prend les cachets pour dormir, réfléchit sérieusement à partir quelques jours de la maison pour reprendre pied. La décision est déchirante : partir c’est aussi laisser les enfants, légèrement perturbés (ça crie à tire-larigot, ça se réveille en hurlant toutes les nuits, ça tape et ça mord, bref c’est l’enfer de Dante version les maternelles). Je fais de l’humour mais soyons honnêtes, je n’en ai plus une once. Pour la première fois de ma vie, je reconnais que je peux tout faire mais pas tout en même temps.

Finalement je ne pars pas mais prends une décision salutaire : dormir sur un matelas dans la chambre de mes enfants, pour essayer de mettre fin à leurs terreurs nocturnes. Et ça marche : on dort, tous, à peu près bien et ça commence à aller mieux. Petit tourbillon retourne chez sa nounou, en arrêt depuis quinze jours. Il est content et son énergie débordante canalisée. Petite hirondelle va pouvoir profiter de maman un peu plus : sa classe ferme une semaine pour cause de virus mutant. On a à nouveau droit au coton-tige dans le nez, mais on passe au travers.

VIVEMENT L’ÉTÉ

Certains jours l’accalmie est palpable, d’autres on frise l’hystérie collective à la maison. C’est ça la vie de famille : les montagnes russes, les crises sous l’eau et le ciel qui se dégage sans crier gare. Seule certitude : ras-le-bol du froid et de l’épidémie de covid qui creuse des sillons venimeux dans nos esprits et dans nos vies. Vivement l’été, la chaleur, les transats, les siestes à l’ombre, les glaces qui fondent. Un peu de bienveillance, un climat plus clément, des tablées vin blanc-melon-jambon cru dans la douceur du soir, les copains qui reviennent, les manteaux au placard. Un coup de pied dans la tristesse, la fatigue, l’épuisement, les problèmes. C’est peut-être un mirage mais je sens qu’ils seront un peu moins pénibles au soleil.


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À propos de l’auteur

MYLÈNE MOULIN

Journaliste globe-trotteuse, je me suis un temps enracinée au Mexique, avant de revenir en France. J'aime rire et raconter des histoires vraies. Je crois que dans la vie l'important c'est de regarder autour de soi.

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