Nos nuits au Post #13 : Baptisé le « Jardin Denfert », l’ancien couvent squatté se remplit en un clin d’œil

Tandis que les prix de l’immobilier flambent à Paris, des artistes ouvrent des squats. Après Le Post (Paris 9), le Jardin Denfert (Paris 14e) va faire pas mal de bruit.

Dans la cuisine du Jardin Denfert
Dans la cuisine du Jardin Denfert. Miam!

Le feuilleton Nos nuits au Post est raconté ici par Gaspard Delanoë, figure historique des squats d’artistes parisiens, ouvreur d’immeubles vides dont le célèbre 59 Rivoli, conventionné avec la Ville de Paris. Dans le précédent épisode, il racontait comment fut décroché, début juillet 2019, après d’intenses discussions dans le bureau d’Anne Hidalgo, l’autorisation d’occuper temporairement l’ancien couvent abandonné à Paris 14e dans lequel lui et ses acolytes venaient de s’introduire.

Lettrine, Les mois de juillet, août et septembre filèrent entre nos doigts comme une poudre d’or. Nous apprîmes que le jardin attenant à l’ancien couvent était le lieu où les sœurs se retrouvaient en fin de journée. Cela ne faisait que rendre notre combat encore plus romantique…

En quelques semaines, tous les espaces furent distribués : des ateliers d’artistes, des piaules – une cinquantaine –, une salle de cinéma, un studio d’enregistrement, un bar – surnommé l’Aqua Bar -, une vaste cuisine, une champignonnière, une salle de danse et de répétition, des espaces séparés pour peinture à la bombe aérosol, des espaces d’exposition, un bureau d’accueil, un free shop, un atelier de réparation de vélos…

NAISSANCE DU JARDIN DENFERT

Le bâtiment semblait se déplier à l’infini sous la pression des nouveaux occupants et les couloirs interminables, tous identiques, achevaient de donner l’impression de s’être retrouvés dans un labyrinthe déglingué.

Le collectif aussi semblait passablement déglingué, car le bruit avait couru très vite dans Paris qu’un immense lieu avait ouvert à Denfert-Rochereau et chaque jour de nouveaux aspirants squatteurs venaient se présenter à la porte de l’ancien couvent pour demander asile, ou atelier.

Je proposai de nommer le lieu le « Jardin Denfert » et la plupart adoptèrent ce nom aussitôt.

Très vite, nous dûmes bloquer les admissions car nous étions débordés par les demandes qui nous parvenaient, chaque jour plus pressantes.

APPARITION DE LA FILLE AUX CHEVEUX BLEUS

Les choses tournèrent comme elles tournent toujours dans les squats : les premiers arrivés furent les premiers servis.

Règle injuste certes, mais il était hors de question pour nous de commencer à établir une liste de tous ceux qui voulaient entrer puis de demander à chacun de faire une demande par écrit, puis de sélectionner les uns ou les autres en fonction de… l’urgence, le talent, le genre, l’étrangeté, l’utilité, et quoi encore ?

Bref, le collectif se forma sur le tas et l’on put constater très vite qu’il était fort… hétéroclite ! Que ce soient en matière de pratique artistique, de raison sociale, d’origine, de provenance, d’âge ou de genre, cela partait dans tous les sens…

Et la dernière arrivée, une certaine Marguerite Stern, ex-Femen, ne dérogeait pas à la règle. Nous ne le savions pas encore mais cette jeune femme aux cheveux bleus, à la peau cuivrée et à l’énergie débordante allait bouleverser le monde.

> Retrouvez la suite de Nos nuits au Post vendredi 20 décembre 2019 dans le journal minimal.
> À (re)lire : les autres épisodes de la série Squat story.

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À propos de l’auteur

GASPARD DELANOË

Le mot performeur me semble le plus adéquat pour décrire mes différentes activités : colporteur de journaux, comédien, ouvreur de squats artistiques, chroniqueur au Huffington Post, candidat à diverses élections… J'ai publié mon premier récit, "Autoportrait (remake)", en 2017 aux éditions Plein Jour.

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