Nos nuits au Post #06 : Le propriétaire de l’immeuble accorde six mois de liberté absolue aux artistes squatteurs

Alors que les prix de l’immobilier flambent dans la capitale, des artistes se sont emparés d’un immeuble vacant rue Blanche (Paris 9e). Découvrez le 6e épisode de cette aventure homérique.

les artistes du Post à la sortie du tribunal
Les artistes du Post à la sortie du tribunal. Photo: ? [Gaspard Delanoë, on attend le crédit! ;), N.D.L.R.]
Le feuilleton Nos nuits au Post est raconté ici par Gaspard Delanoë, figure historique des squats d’artistes parisiens, ouvreur du célèbre 59 Rivoli, conventionné avec la Ville de Paris. Né début janvier 2019, Le Post connaitra-t-il un sort similaire ? Dans le précédent épisode, les occupants, menacés d’expulsion, gagnaient la bataille de l’opinion grâce à un article du Parisien. Dans ce 6e épisode, l’habile intercession d’un élu à la buvette d’un match de rugby débouche sur un accord miraculeux avec le propriétaire de l’immeuble.

Lettrine, l apostropheeuphorie de la publication de l’article s’estompa cependant rapidement. Ou plus exactement, cette euphorie s’estompa quotidiennement, car le compte à rebours avant la nouvelle audience au tribunal de grande instance avait démarré, et chaque jour qui s’enfuyait nous rapprochait d’un verdict sévère et sans illusions.

Nous demandâmes à maître Diffre, notre avocate, de contacter à nouveau l’avocate de la compagnie-d’assurances-globalized afin de réengager la discussion, mais la partie adverse demeura sourde aux relances.

INCROYABLE DÉNOUEMENT

Les jours passaient. Et rien ne se passait. Le silence de la compagnie-d’assurances-globalized devenait chaque heure plus pesant. En désespoir de cause, nous contactâmes à nouveau l’adjoint à la Culture de la Ville, Frédéric Hocquard. Après tout, celui-ci s’était montré étonnamment collaboratif et qui sait, une huile de la mairie pouvait peut-être par son réseau et son statut tenter une médiation avec la direction de la compagnie-d’assurances-globalized ? Il fallait tout tenter de toute façon. Qu’avions nous à perdre ?

Ce qui arriva alors dépassa notre entendement et notre imagination, car bien qu’ayant traversé moult tempêtes et moments autrement plus périlleux, nous n’avions jamais encore vécu le dénouement tel qu’il allait s’écrire.

« PUIS-JE VOUS PARLER ? »

Le samedi précédent l’audience au Tribunal, Frédéric Hocquard, l’adjoint à la Culture de la Ville de Paris, s’étant renseigné sur les hobbies et les habitudes du directeur général de la compagnie-d’assurances-globalized, acheta un billet dans la tribune présidentielle du Stade Jean Bouin pour assister à un match du Stade Français (rugby à 15) contre Toulon. À la mi-temps du match, il se dirigea vers un monsieur fort bien sapé, qui ressemblait en tous points au portrait qu’on pouvait trouver sur le Net du directeur général de la compagnie-d’assurances-globalized et il lui adressa la parole en ces termes :

— Bonjour Monsieur N., je me présente, Frédéric Hocquard, adjoint à la Culture de la Ville de Paris, accepteriez-vous de vous entretenir avec moi quelques minutes à propos d’une affaire sur laquelle vos lumières me seraient très précieuses ?

Un peu surpris mais droit dans ses bottes, le directeur général jeta un regard vif vers l’adjoint à la Culture puis, magnanime, lui lança simplement :

— Je vous écoute.

UNE FOLLE EXCLAMATION

Ce qui se produisit relève peut-être du mystère, ou de l’insondable complexité du monde, ou encore de l’incroyable et scandaleuse rapidité avec laquelle certaines affaires concernant la vie de centaines de personnes peuvent parfois se dénouer en dix minutes à la buvette d’un stade de rugby, mais toujours est-il que deux jours plus tard, dans la foulée d’un entretien téléphonique, l’avocate de la compagnie-d’assurances-globalized et notre avocate, maître Diffre, concluaient un accord historique permettant au collectif du squat Le Post, sans aucune contrepartie financière, de rester dans les lieux jusqu’au 1er novembre 2019, lui octroyant ainsi six mois de liberté absolue.

Il y eut un silence dans la salle de coworking du Post, lorsque la nouvelle fut annoncée devant tout le collectif réuni, angoissé et impatient de savoir. Un silence suivi d’une folle exclamation.

Et c’est comme si, dans la nuit de l’Être, dans cette immense obscurité que nous traversons comme des somnambules, dans ce voyage sans retour entouré de ténèbres, nous avions soudain décroché une étoile du ciel, l’étoile la plus brillante et la tenions serrée, précieuse, à jamais nôtre, dans nos poches crevées.

Notre vie est un voyage
Dans l’hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit.
(Chanson des Gardes suisses)

> Retrouvez bientôt la suite de Nos nuits au Post dans le journal minimal.
> À (re)lire : les autres épisodes de la série Squat story.

Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

GASPARD DELANOË

Le mot performeur me semble le plus adéquat pour décrire mes différentes activités : colporteur de journaux, comédien, ouvreur de squats artistiques, chroniqueur au Huffington Post, candidat à diverses élections… J'ai publié mon premier récit, "Autoportrait (remake)", en 2017 aux éditions Plein Jour.

Exprimez-vous !