Mon jardin du moindre effort, éloge de la paresse productive

Jardiner, oui, s’escrimer sur un bout de terrain pour récolter deux pommes de terre, non ! Tel est le credo de Mon jardin du moindre effort, manuel à l’intention des jardiniers bio amateurs.

La couverture du livre Mon jardin sans effort, éloge de la paresse productive
Photo: Véronique Delahaye.

Le genre
Manuel.

Le pitch
Propriétaires d’une maison dans la région lyonnaise, Sandrine et Alban (les auteurs du livre) ne peuvent s’occuper de leur jardin que durant les week-ends et les vacances. Ils décident alors d’observer les forces de la nature, puis mettent au point petit à petit un ensemble de techniques pour jardiner sans y consacrer tout leur temps libre.

Les auteurs
Sandrine Boucher est journaliste et scénariste de bande dessinée, elle collabore également à des titres de presse spécialisés dans l’écologie. Alban Delacour, son compagnon, est chef opérateur et photographe.

Mon humble avis
Pour moi, qui vient de quitter Paris et de m’installer à la campagne avec un grand jardin où tout est à faire, ce livre tombe à pic. L’amie qui me l’a offert a vraiment tout compris : certes, je rêve de manger mes propres tomates et de voir fleurir les petites graines que j’aurai plantées, mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est humer l’air du temps, observer la lumière du soleil sur un arbre et boire l’apéro avec les copains.

On est donc là au cœur de ce qui fait de ce manuel un parfait guide pour le jardinier potentiel qui a peur de se lancer. Les auteurs expliquent leur savoir-faire pas à pas, avec comme préoccupation constante d’éviter tout effort inutile. Pourquoi désherber à tout bout de champ quand on peut recouvrir le sol de paillage ou planter serré pour éviter que les mauvaises herbes ne s’installent ? Lesquelles peuvent aussi être excellentes en salade, comme l’onagre ou la berce commune…

CE N’EST PAS GRAVE SI LES NAVETS SONT RATÉS

Pourquoi vouloir tondre l’herbe façon pelouse de golf quand quelques fauches suffisent chaque année, laissant apparaître des fleurs ça et là ? Le jardinier amateur apprendra qu’il est bon de cultiver des plantes vivaces, comme par exemple la rhubarbe, qui donne beaucoup pour peu de soins, alors que sur les étals de marchés, elle est chère ! Ou les fenouils, faciles à cultiver et magnifiques grâce au port aérien de leurs feuilles.

Et puis, qualité non négligeable du manuel : il dédramatise le jardinage, en nous expliquant que notre vie n’en dépend pas (normalement !). Ce n’est pas bien grave si les navets sont ratés et si le mildiou a attaqué les tomates. Et est-ce bien nécessaire de suer sang et eau pour récolter un kilo de carottes quand il coûte 1 € au marché ? L’idée est de rester dans une zone de plaisir, de ralentir, et de laisser faire la nature dans toute sa biodiversité.

Si l’on ajoute à cela une édition de belle qualité (format carré sympathique, photos chatoyantes reléguant loin dans nos mémoires les manuels de jardinage encyclopédiques) et une écriture vivante et pleine d’humour, je n’hésite plus : je pars illico arpenter mon jardin, à la recherche du meilleur emplacement pour semer mes graines de roses trémières.

Une phrase du livre
« En faire le moins possible pousse à l’observation, l’organisation et la réflexion, bref à être plus malin demain qu’hier. »

Un extrait du livre
« Pourquoi pense-t-on que cultiver un jardin, c’est se lancer dans une entreprise à côté de laquelle des douze travaux d’Hercule sont une aimable promenade ?

La ‘mauvaise herbe’ la plus difficile à arracher est dans notre tête : c’est la croyance selon laquelle tout repose sur nos épaules, que la nature ne saurait être productive sans être arrosée par notre sueur, qu’un bon jardinier est un jardinier qui DOIT agir. Eh bien non ! Les abeilles n’ont pas besoin de nous pour polliniser les fleurs, ni ces fleurs pour se transformer en fruits. Les vers de terre font très bien leur travail de laboureurs tout seuls. Rangeons au placard ce fantasme de démiurges. Au jardin, le mieux est toujours l’ennemi du bien : trop d’engrais, trop de taille, trop d’arrosage, trop de traitements, trop de bouleversements des sols égalent beaucoup d’efforts, de temps et d’argent. Pour obtenir quoi ? Des maladies et ravageurs, une terre épuisée ou tassée, des plantes indésirables partout, un paysage sans grâce.

Alors on se détend et on boit frais au potager ! »

Sandrine Boucher et Alban Delacour, Mon jardin du moindre effort, Terre vivante, mars 2018, 122 pages

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À propos de l’auteur

VÉRONIQUE DELAHAYE

Secrétaire de rédaction et journaliste, passionnée de littérature et de cinéma, je viens de m'installer dans le Perche pour de nouvelles aventures rédactionnelles.

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