Je n’ai pas attendu le coronavirus pour…

Je n'ai pas attendu le coronavirus pour...
Pandémie de coronavirus ©Franck Louvre w/Pixabay.

J prosaice me souviendrai longtemps de ce 16 mars 2020 où, à 20 heures, alors que je m’apprêtais à souffler 48 bougies, le président de la République française a déclaré la guerre sanitaire au coronavirus : à partir d’aujourd’hui et pendant quinze jours au moins nous ne devons plus sortir de chez nous pour nous agglutiner les uns aux autres sous peine d’amendes de 38 à 135 €.

La veille je m’étais, comme pas mal de Parisiens, allongée dans l’herbe verte d’un parc pour prendre un bain de soleil après être allée voter, en me disant que vu le manque de respect des consignes (la place du marché de mon quartier était blindée de monde) c’était peut-être la dernière fois avant longtemps. Et c’était tellement bien.

HYGIÈNE DE BASE

Je me demande maintenant comment vont se passer ces semaines confinée dans mon appartement. Heureusement que j’ai un balcon ! Je pense aux prisonniers entassés à quatre dans des cellules de 9m2 sans fenêtres et je me dis que j’ai de la chance. Ça va aller pour moi, même si je n’aime rien tant que courir nue dans l’herbe sous la pluie…

Évidemment, les restrictions de sorties nous aurions parfaitement pu nous en passer dans une société idéale où chaque citoyen aurait conscience de lui-même et des autres et agirait en conséquence. Personnellement, je n’ai pas attendu le coronavirus pour pratiquer la distanciation sociale lorsque je suis malade ou que je risque de l’être… Je n’ai pas attendu non plus les appels à l’hygiène de base pour me savonner les mains plusieurs fois par jour, pour ouvrir les portes des toilettes publiques avec mon coude, pour m’abstenir d’éternuer dans les frigos des supermarchés lorsque j’attrape mon jus de fruit préféré…

LA BISE DU BOOMER

Par ailleurs, cela fait des semaines que je slalome entre les passants dans la rue pour essayer de ne pas choper ce virus, que je coupe ma respiration dans le métro, mais malgré mes efforts je n’ai pas pu éviter ici la toux virulente d’une boulangère sur ma baguette « tradition », là le collègue boomer qui s’est jeté sur moi pour me claquer des bises.

Le défaut général de conscience de soi et des autres me paraît central aujourd’hui dans la crise sanitaire que nous traversons et dans la crise climatique. Personnellement (et je suis loin d’être la seule dans ce cas) je n’ai pas attendu les alertes de Greta Thunberg pour arrêter de prendre l’avion, les prêches de Pierre Rabhi pour manger bio, les prières de Nicolas Hulot pour essayer de produire le moins de déchets possibles, les discours des associations écolos pour militer en faveur des droits des animaux et de la nature…

Alors maintenant, peut-être que nous serons de plus en plus nombreux à faire attention à ce qui nous entoure ? Peut-être que tout n’est pas perdu ? Même M. Macron, dans ses discours au moins, semble découvrir l’importance du collectif.

CORONAVIRUS & JUST.1

Et puis ces histoires de bastons puériles pour le dernier rouleau de papier toilette, ne sont-elles pas le signe que nous assistons au climax de la société de consommation, et qu’après la courbe ne pourra que redescendre ? Qui aurait pu imaginer que nous étions dégénérés au point d’être devenus la civilisation du PQ ? Qui aurait pu imaginer que la grande peur du citoyen en 2020, c’était d’être privé de ce truc totalement superflu ? Que c’était cela le vrai marqueur social ? Que si par temps de confinement t’avais pas prévu assez de Just.1 t’avais raté ta vie (en fait non, tu l’as pas ratée car tu peux encore faire le tutoriel du journal minimal : fabriquer son papier toilette à la mode d’autrefois) ?

Je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’à l’occasion de cette catastrophe, qui nous a débarrassés momentanément de la privatisation d’ADP et de la réforme des retraites, et qui a dégagé le ciel en Chine, il puisse y avoir une décélération globale du productivisme, de l’extractivisme et du tourisme de masse… et davantage de minimalisme.


Pour suivre les publications de mon journal préféré, je reçois la lettre minimale, chaque 1er mercredi du mois. Bonne nouvelle, c’est gratuit et sans engagement !

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

2 commentaires

  1. Avatar

    Bonjour,
    Tout à fait d’accord.
    Voici ce que j’ai posté, il y a quelques jours :
    « Je me réjouis, car la promiscuité va diminuer, les distances autour du « périmètre intime » seront enfin respectées (plus de mains aux fesses dans le métro, ou, au contraire, la sensation d’être transparente lorsqu’on te bouscule, etc…) Et puis, les gens qui ne se lavaient jamais les mains, le feront. En fait, ce sont des mesures déguisées pour que la population respecte un minimum d’hygiène, d’intimité, de respect, d’attention envers son prochain… En gros, le retour vers une humanité éduquée. »

    • EMMANUELLE VEIL
      EMMANUELLE VEIL le

      Bonjour Nicole, merci pour cette réflexion, un minimum d’éducation, oui, et cela change tout ! 🙌

      1

Exprimez-vous !