Le temps des Amazones

Desssin des Amazones, le temps des amazones
« Comment les Amazones traitent ceux qu’elles prennent en guerre », dessin d’André Thevet, 1557, Singularité de la France Antarctique. Source: Wikipedia.

Lettrine, Le 24 juin 1542, si l’on en croit le récit du missionnaire dominicain Gaspar de Carvajal, la soixantaine de conquistadors espagnols qui descendait avec lui le fleuve du Nouveau Monde à bord de deux brigantins fut attaquée par des femmes « très blanches et grandes », munies d’arcs et de flèches et luttant chacune « autant que dix hommes ». Marqués par ce cuisant épisode, les émissaires de Charles Quint racontèrent avoir découvert le fleuve des « Amazones » et bientôt, toute la région fut baptisée « Amazonie ».

Depuis, des masses de colons n’ont eu de cesse de revenir pour s’accaparer l’or et les richesses de ce territoire tropical extraordinairement fertile, anéantissant hier 95 % des populations précolombiennes et menaçant aujourd’hui de remplacer par le feu la plus grande forêt du monde et sa faune sauvage en champs de sojas transgéniques destinés à gaver les vaches, poules et cochons de nos élevages industriels.

PROPOS POLÉMIQUES

En cinq cents ans, rien, ou presque, n’a fondamentalement changé, si ce n’est l’ampleur de ces destructions irréparables. Élu à la tête du Brésil, Jair Bolsonaro se vante du surnom dont il a hérité, « Capitaine Tronçonneuse », et orchestre selon un plan bien précis l’accélération de l’écocide : « L’Amazonie est au Brésil, pas à vous ! » déclarait-il mi-juillet à la presse internationale, avant d’accuser les ONG de défense de l’environnement d’incendier la forêt pour « abîmer son image ». Une sortie à la Goebbels qui lui a valu un nouveau chouette surnom, le « Hitler de la Nature ».

Ancien capitaine de l’armée de Terre et hétérosexuel militant, le président brésilien semble honnir tout ce qui est susceptible d’échapper à l’ordre patriarcal : la Nature, les indigènes, les immigrés, les homosexuels, et par dessus tout, les femmes. Adepte des propos polémiques, il a conquis les suffrages masculins grâce à cette blague : « J’ai eu quatre enfants. Quatre hommes. Pour le cinquième, j’ai eu un coup de mou et ça a été une fille ! »

VOCABULAIRE PUDIQUE

Aujourd’hui, le sort des Brésiliennes ne laisse pas d’inquiéter : face à l’augmentation des violences à leur encontre (4 meurtres sexistes par jour au Brésil), Bolsonaro n’a rien trouvé de mieux que de faciliter le port d’arme pour les particuliers, ce qui a quand même peu de chances d’arranger les choses…

Objectivement, les Françaises sont un peu mieux loties : chez nous, depuis le début de l’année, il n’y a eu que 101 hommes qui ont assassiné leur (ex-)femme, soit en proportion 3 fois moins qu’au Brésil. Et le gouvernement français va mettre un million d’euros sur la table du « Grenelle des violences conjugales » lancé aujourd’hui afin de soutenir « les victimes de ce fléau » (pudique vocabulaire, n’est-il pas ?). Notons que le gouvernement a aussi dépensé beaucoup d’argent pour faire connaitre le 39 19, un numéro vert de signalement (attention, uniquement de 9h à 22h et le dimanche ça ferme à 18h).

NOUVEAUX CONQUISTADORS

Remarquons également qu’en France les forêts ne sont pas brûlées au lance-flammes mais simplement mises en coupes réglées, telles des usines à bois, que l’ONF n’est pas encore privatisée mais juste démantelée, que notre président de la République a renoncé sous la pression citoyenne à son projet de Montagne d’Or mais qu’il a accordé 360 000 hectares de forêt tropicale aux multinationales minières en Guyane…

Ah, si seulement des Amazones pouvaient surgir d’entre les arbres, bander leurs arcs et décocher en direction de ces nouveaux conquistadors qui nous gouvernent quelques flèches bien senties… Allez, bonne rentrée à tous !


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À propos de l’auteur

EMMANUELLE VEIL

Journaliste, co-fondatrice du journal minimal, je suis spécialiste des questions de société.

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