Parution chaque mardi et vendredi

Qui sont les jaïns, ces extrémistes de la non-violence ?

Véganisme et non-violence absolue : le jaïnisme est la religion la plus pacifique du monde. Des extrémistes comme on aimerait en voir plus souvent.

Une assemblée de moines jaïns
Ces moines jaïns se couvrent la bouche d’un mupati (mouchoir) pour éviter de blesser des insectes ou des micro-organismes en respirant et pour se souvenir qu’ils doivent surveiller leurs paroles (crédit photo : jaïnworld.com).

Parfois confondu avec l’hindouisme, le jaïnisme est apparu il y a environ trois mille ans. Ses préceptes tout doux ont inspiré Gandhi et en font aujourd’hui une des religions les plus intéressantes. Certains jaïns préfèrent cependant le terme de philosophie à celui de religion dans la mesure où, comme les bouddhistes, ils ne vénèrent pas une divinité toute-puissante.

La non-violence, ou ahimsa en sanskrit, est le principe fondateur de cette communauté discrète forte de 4,2 millions de membres en Inde (sans compter la diaspora). Les jaïns n’aiment pas être pris en photo, fuient les médias et respectent cinq mahavratas (vœux) qui définissent les grandes lignes de leur code moral.

1. Ahimsa, le vœu de non violence : les jaïns s’engagent à ne commettre aucun acte de violence envers les jivas (ceux qui ont une âme) : hommes, animaux, végétaux. Plus radicaux que les véganes, ils s’interdisent même dans certains cas de consommer des racines comme les carottes ou les oignons : les arracher pourrait blesser un animal au passage, et tuerait la plante.

Ils ne mangent pas avant ou après le coucher du soleil, pour ne pas attirer de petits insectes qui viendraient se brûler sur la lampe de la table à manger. Certains balayent le sol devant eux avec un balai en plume de paon pour éviter d’écraser des êtres microscopiques, ou se couvrent la bouche pour éviter de les respirer.

Le drapeau jaïn avec au milieu la svastika
Le drapeau jaïn, avec au milieu la svastika (qui fut piquée par les nazis), symbole de l’harmonie cosmique (wikimedia commons).

2. Satya, le vœu de sincérité : être libre de tout mensonge, de toute fausseté, de toute falsification.

3. Asteya, le vœu d’honnêteté : les jaïns refusent de prendre ce qui ne leur est pas donné. Ce code moral leur a valu d’être longtemps proches des maharajas, et de pouvoir faire commerce du diamant. On trouve encore aujourd’hui à Anvers des jaïns parmi les diamantaires (pour eux la pierre n’a pas d’âme, il est donc autorisé d’en faire son métier).

Moines jaïns nus.
Moines de la section Digambara. Pour eux, vivre nu est une façon d’être détaché des choses du monde (crédit photo : jaïnworld.com).

4 – Brahmacharya, le vœu de chasteté : les moines (homme ou femme) y sont tenus ; les laïcs, eux, ne sont tenus qu’à la fidélité conjugale.

5. Aparigraha, le vœu de pauvreté : les jaïns font vœu de non-attachement aux choses du monde, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, et évitent ainsi la douleur liée à leur perte potentielle. L’avidité et l’accumulation excessive de richesse sont répréhensibles.

Chez les jaïns, tout est relatif
L’Anekantavada est un concept de réalité relative. Pour les jaïns, l’être humain ne peut aller au-delà des limites de ses sens et de sa pensée, son appréhension du monde est partielle. Dans le jaïnisme, il est donc expliqué que la vérité peut être affirmée de sept façons différentes. Ceci leur permet de vivre en harmonie avec les gens qui ne pensent pas comme eux. Le concept de tolérance envers le point de vue des autres est souvent illustré par l’histoire de l’éléphant et des aveugles :

Six aveugles vivaient dans un village. Un jour, ses habitants leur dirent :
— « Hé ! Il y a un éléphant dans le village aujourd’hui. »

Ils n’avaient aucune idée de ce qu’était un éléphant. Ils décidèrent que, même s’ils n’étaient pas capables de le voir, ils allaient essayer de le sentir. Tous allèrent donc là où l’éléphant se trouvait, et chacun le toucha.

L'éléphant et les aveugles
Image : jaïnworld.com

— « Hé ! L’éléphant est un pilier », dit le premier en touchant sa jambe.
— « Oh non ! C’est comme une corde », dit le second en touchant sa queue.
— « Oh non ! C’est comme la branche épaisse d’un arbre », dit le troisième en touchant sa trompe.
— « C’est comme un grand éventail », dit le quatrième en touchant son oreille.
— « C’est comme un mur énorme », dit le cinquième en touchant son ventre
— « C’est comme une grosse pipe », dit le sixième, en touchant sa défense.

Ils commençaient à discuter, chacun d’eux insistait sur ce qu’il croyait exact. Ils semblaient ne pas s‘entendre, lorsqu’un sage qui passait par là les vit. Il s’arrêta et leur demanda de quoi il s’agissait. Ils dirent :
— « Nous ne pouvons pas nous mettre d’accord pour dire à quoi ressemble l’éléphant. » Chacun d’eux dit ce qu’il pensait à ce sujet. Le sage leur expliqua calmement :
— « Vous avez tous dit vrai. La raison pour laquelle ce que chacun de vous affirme est différent, c’est parce que chacun a touché une partie différente de l’animal. Oui, l’éléphant a réellement les traits que vous avez tous décrits. »
— « Oh ! » dit chacun. Il n’y eut plus de discussion entre eux et ils furent tous heureux d’avoir dit la réalité.

Aller plus loin : écouter la radio jaïne

Aller à la Une
Partager

À propos de l’auteur

ÉMILIE DEHU

Journaliste multimédia, avec une prédilection pour le journalisme de solution.

2 Comments

  1. Marina

    Ho j’ai le livre pour enfants de l’histoire de l’éléphant (7 souris dans le noir).
    Je vais pouvoir leur donner une petite explication après la lecture. merci!

Commenter cet article