Europa City, le projet d’Auchan qui veut bousiller 260 hectares de terres fertiles

Malgré l’avis défavorable du commissaire chargé de l’enquête publique et malgré l’opposition citoyenne, le projet de méga complexe commercial à Gonesse (Val-d’Oise) n’est toujours pas abandonné.

Les galeries marchandes à ciel ouvert du projet EuropaCity.
Les galeries marchandes d’Europa City (Crédit image: Europa City).

À l’heure du déclin des hypermarchés, d’étranges projets consuméristes, gourmands en terres agricoles et en émissions de gaz à effet de serre émergent, ici et là, venant interpeller la conscience collective. C’est le cas (d’école) d’Europa City. Un parc d’activité pharaonique qui relève presque de la science-fiction tant il semble démesuré. Et pourtant, il doit bien voir le jour en 2024.

Europa City, qu’est-ce que c’est ?
Nouvel eldorado des promoteurs immobiliers, Europa City est un projet de complexe architectural mêlant loisirs, commerces et hôtellerie. Sur 80 ha, la construction devrait démarrer en 2019 dans le triangle de Gonesse (Val-d’Oise), pour cinq ans de travaux. Avec son (hyper) centre commercial Auchan, ses boutiques (de luxe), ses parcs d’attraction (parmi lesquels, une piste de ski couverte et un centre aquatique climatisé, rien que ça), son complexe hôtelier (2700 chambres)… L’objectif est que vous passiez la journée, et pourquoi pas le week-end, à consommer !

Les investisseurs sont le groupe Auchan et un consortium chinois, prêts à injecter 3,1 milliards d’euros. Ils promettent de l’emploi et évidemment, d’être « éco-responsables ».

Les chiffres de la démesure
• 150 000 m² de loisirs
• 230 000 m² de commerce
• 20 000 m² de restaurants
• 2 700 chambres
• 10 hectares de parc urbain
• 7 hectares de ferme urbaine
• 31 millions de visites annuelles dont 6 millions de touristes
• 3,1 milliards d’euros d’investissement privé.

L’opposition s’organise : « des légumes, pas du bitume »
Cependant, des citoyens, organisés autour du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), ne sont pas du tout, mais alors pas du tout d’accord avec cette idée de voir ériger un temple de la consommation qui détruirait au total 3,5 ha de zone humide et 260 ha de terres agricoles parmi les plus fertiles de France (elles contiennent 80 tonnes de carbone/ha). Une aberration quand on connait toutes les difficultés à trouver en région parisienne des agriculteurs et maraîchers biologiques pour alimenter les commerces, les cantines, les Amap en circuits courts…

Crédit photo : Éric Coquelin.
Les opposants au projet se sont mobilisés le 8 octobre dernier, place de la République à Paris. Crédit photo : Éric Coquelin.

Ce collectif de citoyens ne se contente pas de râler très fort et de mobiliser. Il propose un projet alternatif, baptisé Carma (pour Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole). Ce contre projet propose une tout autre lecture de l’aménagement de ce territoire : axé sur la ruralité, il permettrait d’alimenter les populations environnantes grâce à des circuits courts. Il a d’ailleurs été nominé au prestigieux prix Convergences 2017, qui récompense les projets ayant un fort impact social et/ou environnemental.

Etal de légumes, alternative à Europa City
Le projet Carma, alternatif à Europa City, prévoit notamment des fermes maraîchères solidaires permettant de nourrir les populations locales. Crédit photo: CPTG.

Un avis défavorable dont les investisseurs se fichent
En juillet 2017, à l’issue de la consultation publique portant sur la révision du plan local d’urbanisme, le commissaire enquêteur a conclu son rapport par un avis défavorable au projet Europa City, car (je cite), il serait « peu compatible avec les objectifs de développement durable » et ses objectifs de création d’emplois ne seraient « pas crédibles ». Bref ! En un mot comme en cent : adieu Europa City, on a bien rigolé, mais puisqu’on te dit que ton projet, il est tout pourri, tu prends ta pelle et ton seau et tu vas jouer ailleurs.

Pourtant, les investisseurs n’ont que faire de cet avis (oui, ce n’est qu’un avis). Et ils sont même soutenus par le maire PS de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, qui trouve ce projet « utile pour les JO d’été 2024 ». Bah voyons !

Le projet repeint en vert
Il n’est donc pas question d’abandonner le projet, simplement de le « redessiner ». Mais, attention, hein ? Ces modifications sont le fruit d’une « concertation avec la population locale ». En clair, sous couvert du débat public, on change juste la couleur des volets, on plante deux ou trois arbres pour faire vertueux. Et on vend du rêve avec une belle vidéo (qui ne vous dit rien du projet, mais je vous laisse juge) :

Les partisans d’Europa City ont même imaginé une astuce de procédure de toute beauté : la concertation post-débat public. Un truc génial ! Tu n’es pas d’accord lors du débat public ? Pas grave ! Je te consulte jusqu’à ce que tu acceptes ce que je veux faire. Et si ça coince encore, pourquoi ne pas organiser un référendum local, à condition de déterminer un périmètre favorable au oui ! Ça ne vous rappelle rien ?

Vous dire que le collectif pour le triangle de Gonesse est remonté comme une pendule serait un euphémisme. Dimanche 8 octobre, place de la République à Paris, il organisait un rassemblement pour redire « Non à Europa City » et présenter son projet alternatif Carma, autour d’un slogan désormais célèbre : « Des légumes, pas du bitume ! ».

Eric Coquelin
Sur les pancartes : « Les billets ne poussent pas dans les champs. Les légumes ne poussent pas sur le bitume ». Crédit photo: Éric Coquelin.

De nombreuses actions devraient voir le jour dans les prochains mois pour alerter les franciliens sur les impacts négatifs de ce projet anachronique, qui s’inscrit à contre-courant de la transition écologique et de la lutte contre le changement climatique. A suivre, donc.

La pétition en ligne : Non à EuropaCity.


Vous avez aimé cet article ? Soutenir le journal minimal, média à but non lucratif, en accès libre et sans publicité : faire un don.

Partager
Aller à la Une

À propos de l’auteur

ERIC COQUELIN

Chargé de mission Développement durable en collectivité territoriale, je suis engagé sur les questions de démocratie contributive.

5 commentaires

    • La redaction

      Oui c’est exactement cela ! En tout cas ce projet délirant suscite une forte opposition, tout n’est peut-être pas encore foutu !

      9
  1. QUILLET Jean-Paul le

    Les lobbys du fric (Monsanto, hypermarchés, agro-alimentaire, grande distribution, etc.) ont la trouille d’un projet style Carma: ils y perdent leurs monopoles, leur main-mise sur nous!!

Exprimez-vous !