Retour à Notre-Dame-des-Landes : la ZAD résiste encore

Un an après l’expulsion brutale des habitants de la ZAD, des cabanes reconstruites ont à nouveau été détruites à coups de bulldozers. Notre-Dame-des-Landes, saison 3 ?

Notre-Dame-des-Landes, mars 2019, zad part 3.
Notre-Dame-des-Landes, mars 2019. Photo: Bruno Artière.

En ce début de printemps 2019, où en est Notre-Dame-des-Landes ? Un an après  son expulsion militaire par l’État et alors que les gilets jaunes ont donné une nouvelle teneur à la poussée révolutionnaire, que reste-t-il de la ZAD ?

Rien. C’est, du moins, ce que le gouvernement aimerait faire croire. Mais la semaine dernière encore, une trentaine de fourgons de gendarmes mobiles, des camions-benne et des pelleteuses réinvestissaient la zone, pour détruire une partie des cabanes reconstruites au cours de l’hiver, dont le Lama fâché (1) et la fameuse Cabane sur l’eau.

L’AÉROPORT ET SON MONDE

Les jours précédant cette intervention, lorsque l’on remontait le chemin de Suez depuis  l’ancienne « route des Chicanes », un panneau de contreplaqué accueillait le passant avec cet énoncé : « ZAD Part 3 ». Difficile de retrouver l’auteur de ce graff pour lui en demander le sens. Comment, toutefois, ne pas voir là un signe que, contrairement aux invocations du gouvernement, l’histoire n’est pas finie ? En dépit de la violence des expulsions du printemps dernier et de la propagande officielle, la ZAD est bien là. Encore là. Différemment là. Mais toujours là.

« Contre l’aéroport et son monde » clamait le slogan du mouvement. Les défenseurs du bocage nantais ont gagné la première bataille, mais ils n’ont pas gagné la guerre : il reste encore, en ce début de 21e siècle, à faire tomber le monde qui allait avec l’aéroport.

LA ZAD N’A CESSÉ D’ÉVOLUER

150 à 200 personnes vivent toujours sur la ZAD et se battent contre l’État pour faire valoir la légitimité de leur présence sur ces terres. Si la population n’est certes plus la même qu’il y a dix-huit mois – beaucoup sont partis, ce qui a naturellement modifié son aspect –, ce n’est pas la première fois que la zad évolue.

Comme toute démarcation historique, il est difficile de dire quand débutent et quand s’achèvent exactement les différentes périodes de la ZAD (2). La « Part 1 » apparaît-t-elle avec la rébellion des premiers exploitants agricoles et la création de l’Adeca (l’association paysanne formée en 1972) ? Ou avec la réactivation de la lutte et la création de l’Acipa (association des riverains contre l’aéroport) en 2000 ? Ou encore avec la première maison squattée, au Rosier, en 2007 ?

ZAD EN COURS

Sans doute la « Part 2 » s’inaugure-t-elle avec la déroute de « l’Opération César » (3) en 2012 et les dizaines de nouvelles installations qui ont suivi, dans un climat d’euphorie. Le constat que le mouvement était capable de résister aux forces armées du gouvernement et à l’instrumentalisation d’un « référendum local » marquèrent sans conteste un renouveau de la ZAD, en laissant entrevoir la possibilité d’une victoire.

Mais alors, quand faire commencer la « Part 3 » ? Avec l’abandon du projet ? La « libération » de la « route des Chicanes » ? La date de dépôt des projets en préfecture ? Les expulsions du printemps dernier ? La dissolution à l’été 2018 de l’Acipa ? … Peu importe, en fait. L’ensemble de ces événements ont fait entrer la ZAD dans cette nouvelle période de son histoire.

Notre-Dame-des-Landes, mars 2019, zad part 3.
Notre-Dame-des-Landes, mars 2019. Photo: Bruno Artière.

Quelques mètres après ce panneau « ZAD Part 3 », une timide barricade de branchages et palettes en laissait apparaître deux autres, triangulaires à fond jaune, sous-titrant à leur tour : « Attention ZAD en cours ! » L’urgence, aujourd’hui, en effet, est de le constater, de le savoir, de l’admettre et de le dire, de manière à en saisir au mieux les enjeux et les opportunités pour les luttes à mener, les stratégies à adopter… Les sensibilités de chacun sauront, ensuite, déterminer les dates et événements qui leur parlent le plus, pour nourrir quelques débats enthousiastes.

L’important, depuis toujours, dans une démarche révolutionnaire, n’étant pas de tomber d’accord sur l’interprétation d’un événement, mais de coaguler des trajectoires, des intérêts, des stratégies n’ayant de communs que leurs différences, pour rendre le coup suivant imprévisible pour l’adversaire… « et son monde ».

(1) La cabane du Lama était une tour de deux étages, placées au carrefour du chemin de Suez et de la D281. Visible de loin, elle permettait aussi de voir venir les arrivants sur la ZAD. Détruite à de nombreuses reprises, elle a été reconstruite autant de fois, un nouvel adjectif venant la qualifier différemment à chaque fois, montrant ainsi autant son « identité »» (la cabane du Lama), que ses différentes « vies » : le Lama « fâché », « sacré », « traqué »…).
(2) À titre d’exemples, si les historiens s’accordent à parler et étudier l’Empire romain, le Moyen-âge, la Révolution française, … tous ne sont pas d’accord pour dire quand se terminent et/ou commencent ces grandes époques historiques.
(3) L’ « Opération César » est le nom donné par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, à l’opération d’expulsions et destructions des cabanes de la ZAD, qui eut lieu du 16 octobre au 26 novembre 2012. Le mouvement avait répondu par l’ « Opération Astérix », qui avait réuni 20 000 personnes, dans une manifestation de réoccupation de la ZAD et de protestation dans les rues de Nantes. Les forces de l’ordre s’étaient maintenues tout l’hiver suivant sur la zone.

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À propos de l’auteur

BRUNO ARTIÈRE

Diplômé de droit, j'ai repris des études de philosophie et sciences sociales, après avoir travaillé quelques années dans le développement rural et voyagé plusieurs mois sur le continent américain.

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