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Une start-up bretonne invente le « Livret Arbre »

EcoTree n’est pas une banque mais une startup spécialisée dans le placement vert : elle propose de la compensation carbone par le biais de la plantation d’arbres.

Ecotree
Les fondateurs d’EcoTree (photo EcoTree)

En quelques clics sur le site web d’EcoTree, toute personne ou entreprise désireuse d’épargner ses sous de manière moderne peut, moyennant une somme de 15 à 30 €, acheter un épicéa dans les Côtes-d’Armor ou un Douglas dans le Morbihan. Au bout de vingt-cinq ans, l’arbre sera coupé et l’acheteur récupèrera le produit de la vente du bois. La somme sera fonction de la quantité de bois qu’aura produit l’arbre.

Interview du cofondateur d’EcoTree, Baudouin Vercken, qui présente au journal minimal son concept.

Vous avez monté votre société avec le souci d’avoir des retombées environnementales positives. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Le concept d’EcoTree est de valoriser et de récompenser le comportement écoresponsable. Nous avons décidé pour cela de travailler avec les arbres et la forêt. Nous proposons aux gens (entreprises, particuliers, institutions) d’acheter un arbre sur l’une de nos parcelles en Bretagne et, une fois l’arbre parvenu à sa maturité, de récupérer le produit de la coupe du bois.

Devenir propriétaire d’un arbre, c’est original…
Les arbres absorbent du carbone. Acheter un arbre est donc un moyen de compenser son bilan carbone. Mais un arbre prend aussi de la valeur avec le temps, car plus il grandit, plus il est doté de matière bois. Et comme à la fin de son cycle de vie, il doit être coupé, le fruit de cette coupe revient à son propriétaire. On indemnise le propriétaire et on s’acquitte de tous les frais notariés et des impôts fonciers afférents. Acheter un arbre ne coute que 15 € à l’acheteur, qui se constitue une petite épargne verte et s’intègre dans une démarche écologique durable.

Baudoin Vercken
Baudoin Vercken, co-fondateur d’EcoTree (photo : EcoTree)

Couper un arbre, n’est-ce pas en contradiction avec le respect de la végétation ?
Notre cœur de métier est avant tout celui de la plantation et de la gestion des bois et des forêts, ce qui nous permet de connaitre et de respecter le cycle de vie de nos essences, qui est en moyenne de vingt-cinq ans.

Si on dépasse ces vingt-cinq ans, l’arbre va pomper de moins en moins de carbone et il va même commencer à relâcher le carbone qu’il a absorbé jusque-là. Si on ne le coupe pas, on va sacrifier les vingt-cinq ans d’effort qu’il a faits. Au contraire, si on respecte sa courbe de croissance – vingt-cinq ans pour un résineux ou cent-cinquante ans pour un chêne –, le bois coupé permet de conserver la séquestration carbone. C’est un cercle vertueux – bois, carbone, emploi –, car le bois que l’on coupe alimente également la filière du bois française.

De plus, couper le bois évite que certains arbres nuisent à la croissance de leurs congénères en leur faisant de l’ombre. On coupe au tronc, on identifie les parcelles, on numérote les arbres : tout est fait pour respecter le cycle de vie des arbres et l’écosystème animal. On travaille avec des scieries intelligentes qui ne sont pas dans une simple logique de volume de bois. On sélectionne nos essences en fonction des types de besoin de transformation régionale ou locale (bois de charpente ou bois d’œuvre) et on choisit les scieries proches de nos parcelles.

En savoir plus sur les forêts Ecotree
EcoTree, ce sont 60 hectares de forêts plantés en Bretagne, dans le Finistère (29), les Côtes d’armor (22) et le Morbihan (56). Essentiellement des résineux : épicéas de Sitka, Douglas et Thuyas Plicata (Thuya géant). Le cycle de vie de ces arbres est adapté à une coupe au bout de 25 ans environ.

La logique d’EcoTree est la compensation carbone mais pas la diminution des émissions de CO2, n’est-ce pas ?
C’est un choix assumé. Les initiatives en faveur de l’environnement s’orientent généralement sur la réduction. Nous proposons de compléter cette approche par une logique de compensation.

En s’adressant aussi à des entreprises, même si certaines sont davantage animées par l’aspect communication ou affichage vert que par une bonne conscience écologique, c’est déjà une première étape : les arbres sont bel et bien plantés. Ne soyons pas naïfs, l’émission zéro carbone n’existe pas. À chaque arbre planté, un compteur de CO2 affiche son équivalent en compensation carbone.

Votre prochain projet ?
S’orienter sur les arbres fruitiers ; j’aimerais bien que l’on travaille avec l’olivier : en plus d’être propriétaire de leur arbre, les gens pourraient en récolter une partie chaque année pour faire de l’huile.

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À propos de l’auteur

ISABELLE TOQUEBEUF

Je préfère les petits gestes du quotidien aux lendemains qui chantent et je crois en un mode de production et de consommation respectueux de la planète et de nos amis les animaux.

5 Comments

  1. Bonjour,

    Est-ce pertinent de gérer des parcelles forestières en résineux pures avec des rotations courtes de 25 ans?
    Qu’est ce qui sera planté dans 25 ans?
    Au plaisir de vous lire,

    Jean Becker

    • Toquebeuf

      Cher Jean Becker,
      Merci pour votre intérêt! 25 ans est la durée au bout de laquelle la compensation carbone s’atténue. La durée de plantation dépend de celle des essences: au bout de 25 ans l’arbre commence à relâcher du carbone.
      Quant à vous dire ce qui sera planté derrière, je m’en informe auprès d’Eco-Tree directement.
      Bien à vous,
      Isabelle

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  2. Le terme de forêt est-il employé à bon escient ?
    un espace arboré (monoarboré) est une sapinaie s’il est planté de sapins… mais en aucun cas une forêt – dire ça est mensonger! – l’écosystème est par nature différencié, il n’est pas soumis à une coupe en blanc…
    Avez-vous rencontré un écologue spécialisé sur ce sujet ?
    B.L.

  3. Dans toutes ces essences et plantations, une place pour des ginkgos biloba est-elle possible, ou seule la startup impose le choix de ses essences?

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