Taux de glyphosate dans les urines : 1200 citoyens portent plainte

Les taux de glyphosate relevés dans les urines de milliers de citoyens atteignent jusqu’à 40 fois le seuil autorisé dans l’eau potable. Les dépôts de plainte se multiplient.

Campagne glyphosate
Le 20 mars 2019, 40 citoyens ont porté plainte au tribunal de grande instance de Narbonne après avoir fait des tests d’urine. Photo: Campagne glyphosate.

Depuis un an, à l’initiative de l’association Campagne Glyphosate, 1 500 personnes ont testé leur taux de glyphosate dans les urines. 300 plaintes ont été enregistrées, 900 sont en cours de dépôt. En tout, 5 000 plaintes citoyennes sont prévues d’ici la fin de l’année, pour mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée et atteintes à l’environnement.

40 FOIS LA CONCENTRATION MAXIMALE AUTORISÉE

Sont visés nommément : les présidents de nombreuses entreprises et institutions françaises, allemandes et européennes, « toute personne impliquée dans la distribution et la large diffusion dans l’environnement de molécules probablement cancérigènes de glyphosate ».

Sur toutes les personnes testées, quel que soit leur âge, 100 % des analyses d’urine s’avèrent positives au glyphosate, à des taux allant jusqu’à 40 fois le seuil de pesticide autorisé dans l’eau du robinet. Soit un maximum de 4 nanogrammes/ml d’urine constaté lors des prélèvements, pour une concentration maximale autorisée de 0,1 ng/ml dans l’eau du robinet. Les prélèvements sont réalisés partout en France, dans 70 départements jusqu’à présent.

BIDONS DE ROUNDUP COUVERTS DE PEINTURE

« Lorsqu’elles reçoivent le résultat, certaines personnes prennent une grosse claque. On voit des gens qui fulminent de rage ! », raconte Dominique Masset, faucheur volontaire en Ariège et cofondateur de Campagne Glyphosate. « L’idée de la plainte que nous portons est de faire sortir de l’anonymat les personnes responsables tout au long de la chaîne de fabrication et d’autorisation du glyphosate. Leurs successeurs sauront qu’ils seront un jour confrontés pénalement à des citoyens qui leur demandent des comptes. »

Comment a démarré l’initiative ? En 2017 ont lieu cinq procès de faucheurs volontaires. Ils sont jugés pour avoir couvert de peinture des bidons de Roundup (l’autre nom du glyphosate) dans des jardineries, à Privat, Foix, Béziers et en Bretagne. « On a demandé au tribunal d’interroger la Cour de Justice européenne sur le respect du principe de précaution lors de l’évaluation des pesticides en Europe », explique Dominique Masset. Le tribunal l’a fait et le procès a été suspendu. Cela dure maintenant depuis plus de deux ans, nous n’aurons pas de réponse avant des mois… »

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Quelques faucheurs volontaires en Ariège ont alors l’idée de tester la présence de glyphosate dans leurs urines. L’objectif : présenter ces résultats obtenus devant huissier au juge comme preuve de la rémanence du glyphosate dans le corps humain. « On mange tous bio. On vit en pleine campagne, sans aucun épandage. On peut difficilement avoir un mode de vie plus sain. Et nos urines en contiennent toutes ! C’est sidérant. »

Face à la lenteur de la justice et au renouvellement pour cinq ans de l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate en Europe, fin 2017, les faucheurs volontaires ariégeois se regroupent. Ils décident d’élargir leur action à tous les citoyens, concernés comme eux. Ils créent alors l’association Campagne Glyphosate, avec des relais associatifs locaux dans chaque département.

LES PREUVES S’ACCUMULENT

En parallèle se constitue un groupe de scientifiques intéressés par cet échantillonnage hors norme de plus de 5 000 personnes. Pluridisciplinaire, il se compose de biologistes, sociologues, médecins, géographes, statisticiens et spécialistes de l’eau. « Nous avons de plus en plus de demandes de scientifiques qui souhaitent rejoindre ce groupe de travail », se réjouit Dominique Masset. Les prélèvements d’urine s’accompagnent en effet d’un questionnaire sur le mode de vie de chaque personne, une source de données importante.

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Pour l’heure, l’instruction des plaintes citoyennes est en cours. « On espère que les tribunaux vont se mobiliser rapidement et que cela ne va pas traîner pendant vingt ans », confie Dominique Masset.

Le premier objectif poursuivi concerne l’interdiction du glyphosate en Europe. Mais qu’en est-il des autres herbicides, pour certains aussi toxiques que le glyphosate ? « Le glyphosate est le plus utilisé au monde. Nous nous sommes concentrés sur lui comme les preuves contre lui s’accumulent et qu’il est le plus visible. Mais l’idée générale est d’arrêter tous les pesticides, pas seulement le glyphosate bien sûr ! »


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À propos de l’auteur

MARIE PRAGOUT

Journaliste, auteure et traductrice dans les champs social et écologique, j'ai quitté Paris en 2017 pour effectuer mon retour à la terre en Charente limousine, où j'ai grandi.

6 commentaires

  1. Marie Pragout

    Bonjour Elsa,

    C’est un labo allemand, le même que celui d’Elise Lucet pour les tests d’Envoyé Spécial, m’a dit l’un des organisateurs de la campagne. Pour plus d’infos, vous pouvez contacter Campagne Glyphosate sur Facebook.

    Marie

  2. Avatar

    Bonjour ! Je m’interroge également comme de nombreuses personnes à propos du glyphosate. Il serait très intéressant de faire des analyses dans chaque commune de France, Dom Tom compris, afin d’évaluer la situation. Cela aurait un poids non négligeable pour les suites à donner.

    • Avatar

      Bonjour

      Savez vous que le glyphosate ne se mesure pas dans l’urine mais en rejet sur une journée ?

      Savez vous que comparer le taux présent dans une urine et dans de l’eau potable n’a scientifiquement aucun intérêt et ne se fait dans absolument aucun autre champ de la science?

      Savez vous que si on retrouve du glyphosate dans les urines c’est bien que le corps éliminé et que d’une certaine façon c’est une bonne choses ?

      Savez vous que l’OMS s’est désolidarisé du Circ concernant leur classement du Glyphosate en 2a?

      Savez vous que le Circ est une agence recensant les agent a risque et non a danger ? (Savez vous d’ailleurs la différence entre risque et danger?)

      Savez vous que pour leur classement ils n’ont pas pris en compte la plus grosse étude sur le glyphosate impliquant 54000 agriculteurs sur 20ans qui ne concluait à aucune différence significative quelque soit l’utilisation du glyphosate?

      Savez vous qu’une décision de justice n’est pas une preuve ?

      Pourriez vous citer vos sources quand vous faites un article?

      Pourriez vous cherchez les sources quand vous rapportez une idée ?

      Merci . (Un sceptique très terre a terre)

    • Marie Pragout

      Bonjour, Les analyses d’urine ont lieu dans plus de 70 départements français, selon les relais locaux de campagne glyphosate. Bien à vous, Marie

  3. Marie Pragout

    Bonjour Mathieu Petit,

    Merci pour votre commentaire. On sait qu’on touche juste lorsqu’on récolte ce genre de réaction :-). Je cite ma source dans l’article : Dominique Masset, faucheur volontaire et cofondateur de Campagne Glyphosate. En terme de source justement, il est à l’origine de la campagne de prélèvement d’urine. Concernant l’OMS et le Circ (Centre international de recherche sur le cancer), je ne les mentionne pas ds l’article. Quand bien même, concernant la dangerosité du glyphosate, les nombreux décès et maladies démontrés devant tribunal valent tout autant, sinon plus. Concernant ce que vous dites concernant le glyphosate éliminé ds l’urine, savoir qu’il a traversé auparavant l’organisme reste inquiétant. Les résultats des prélèvements sont à 100 % positifs chez les testés, quel que soit le lieu géographique et le moment du prélèvement. Les mangeurs de viande et consommateurs d’alimentation non-bio sont ceux qui présentent les taux de glyphosate les plus élevés.

    Cordialement,

    Marie Pragout

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